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jeudi 20 octobre 2011

20 oct - Me faire confiance

J'avais raison, et tu pourrais dire que c'est se penser bien bon que d'écrire ça. Pourtant c'est vrai. Tu es une cold-hearted-bitch. Il fallait que je l'écrive. Je me suis repris à ma façon, à mon niveau (bas, c'est vrai). Après deux ans à te demander une simple rencontre, juste un café, not meaning sex même si j'en rêvais, tu ne laissais que des excuses pour t'en sortir. Je t'ai traitée de profiteuse, dans ton dos aux minuscules épaules, et dès que tu redonnais signe de vie, je frémissais de peur d'être à nouveau détruit, et d'extase de peut-être enfin avoir ma chance. Après deux ans, t'es revenue me demander de l'aide. Cette fois, ma naïveté a pris le large. J'ai eu trop de fun, trop de discussions avec de vrais amis, des interrogations pertinentes, j'ai vu dans ton jeu. Pour la première fois, je n'ai pas bronché. J'ai accepté, seulement si c'était en personne.

Là, j'avoue m'être fait baisé. La veille, je t'avais demandé: "Je viens seulement si t'appelles pour confirmer. Entre 12h30 et 13h. J'attendrai 30 minutes maximum après mon cours, et s'il n'y a aucune nouvelle, fuck this shit." C'était pas prévu dans ma tête que la prof écourte la séance d'une heure... J'ai cherché un café pas trop rempli, j'y ai vu une connaissance, alors je suis resté, et me suis consolé avec un latté moyen, sans rien ou pas grand chose dans le ventre. La fatigue, la faim, l'excitation, ton appel qui n'arrive pas, l'angoisse, le cellulaire qui affiche 12h20, j'attends, j'écris, navigue Tumblr au café wifi. Sors, mange une moitié de sandwich au jambon extra-moutarde, fume une deux trois cigarettes, bois de l'eau, évacues au WC de l'Uqam, parce que c'est proche et clean, comparé aux toilettes du Presse Café. 12h54, pas d'appel. "Fuck que je vais le regretter, mais... j'm'y rends pareil." À Jean-Talon, j'ai la tête qui fait des kickflips, à cause de la fatigue, de la faim, du café, de l'excitation, de l'angoisse, de la rage qui culmine, le train qui n'arrive pas, la tête tourne, je veux pas pass out. Sors à Université de Montréal, monte les marches, ça va quand je bouge. Dehors, le cell vibre. "BON ENFIN! As-tu reçu mes autres appels? J'ai essayé de t'appeler à 12h55!" ...T'avais attendu jusqu'à la limite du temps. P'tite bitch. Tu voulais savoir si ça tenait encore. My god, t'es plus conne que je le croyais. "Si tu veux annuler, sens-toi ben à l'aise! J'voulais juste avoir la confirmation que tu vas être là, que j'me déplace pas pour rien." Ça t'aurais pas fait de tord. Combien de fois tu m'as donné rendez-vous sans jamais te pointer... T'aurais trop aimé ça, savoir que j'étais parti; t'aurais pu t'en contre crisser, comme d'habitude. Mais non seulement je tiens ma parole d'honneur d'être là, je voulais que tu te sentes cheap que je sois là et pas toi. Si t'as une conscience, en tout cas. Alors t'as dit: "Ok c'est bon! Faque, je pars, là!" Et j'ai rit. Je t'ai traitée de niaiseuse, de comique, de conne. "Comment ça t'es pas partie?" Déjà là, j'aurais dû quitter. Mais je comptais sur ce meeting. Et puis, un peu de temps supplémentaire allait m'aider à respirer un peu, digérer le café, la faim, le sommeil, l'angoisse, le froid, ma rage à la limite.

Il était 13h25. La première pensée qui m'a traversée en raccrochant: "My god que sa voix est banale..." Alors, je suis entré dans le pavillon Jean-Brillant, trouvé les premières toilettes, déverser tout mon fiel, maudire les dieux de m'avoir conçu si naïf, puis sorti à nouveau au spot convenu, entre l'entrée de stationnement et la BLSH. Fume une cigarette, watère, watère, beaucoup bu de watère bien fraiche. T'as rappelé dix ou vingt minutes plus tard. "Jean, je trouve pas ma feuille de consigne... Mais j'suis proche de la trouver, j'le sens!" T'étais même pas partie. "Dès que tu la trouves, appelles. Dès que t'arrive ICI, appelle." J'avais chaud, y faisait frette, y ventait ou faisait soleil, j'ai été attendre à la bibliothèque, essayé d'écrire sur un monastère, mais j'avais le sommeil qui la ramenait, la faim intense, le café qui brûlait mon estomac, la rage qui grandissait. "Je l'ai!!! Je pars! Ça va me prendre 30-40 min. MAX une heure si j'tombe sur le trafficMAIS s'te-plait, quitte pas entre temps. Mon cell est mort, j'pourrai pas t'appeler." Et j'entendais: "Crisse t'es encore là? T'es vraiment accro, c'est cool, tu fais tout ce que j'ai envie que tu fasses. Ok attends-moi super longtemps, on va voir combien de temps tu vaux. Pis appelle-moi pas. Ça va rendre le jeu encore plus drôle. Pis anyway j'aime pas ta voix."

Je suis rentré par le sous-terrain, identifié toutes les toilettes dans un périmètre de 3-4 kilomètres, bu tellement d'eau pas si fraiche finalement, la tête qui veut pleurer sans en avoir la force. J'ai rappelé à ton numéro. Ton père a répondu. Victoire numéro 1. Je savais que t'étais une fille à papa, mais qu'il mettait beaucoup de poids sur tes épaules. J'en ai profité pour lui dire que ça faisait 2h et plus que je t'attendais, lui ai dis que tu ne devais pas avoir grand respect pour le monde. Bref, t'étais enfin partie pour vrai, et à ton retour se tiendrait un père avec la grosse strap pour botter ton p'tit cul de poule demi-mondaine. "Une cocote de luxe qui ont affolé nos grands-pères." Tiens c'est drôle. L'autre jour c'était la violence de Bateman, et là c'est la jovialité d'Antoine dans Cléo de 5 à 7.

En face de la bibliothèque, dans le couloir descendant au stationnement, je me suis installé sur le rebord de la fenêtre où les gens fument. J'ai respiré, repris un peu de moi-même après chaque demie heure, mais toujours le ventre en compote. Il était 15h45 environ, si ce n'est pas plus. Tu es passée juste devant moi, ton petit jacket de cuir, tes lunettes de fake hipster nerd ou je sais pas quoi. La face de la fille qui prétend étudier. J'étais tellement mort de l'intérieur que je ne voulais même pas t'accueillir en te prenant dans mes bras, bise-bise, pas même la poignée de main, rien. Rien qu'un coup de poing, comme le boxeur dans Maudite Aphrodite. J'ai préféré t'insulter avec le sourire. C'est avec les mots que je tape le mieux, je vise le point sensible et ouvre la plaie jusqu'à ce qu'on ne sache même plus où a commencé les dommages. Tu parlais fort. Dans la bibli. Tu ne savais même pas où t'installer. On est monté des trois étages, pour trouver une table semi correcte. J'ai sorti mon portable, et tu n'avais rien. "Des feuilles mobiles au moins?" Non, même pas. Juste ta foutue feuille de consignes et ton minuscule recueil de textes. J'ai voulu me mettre tout de suite au boulot, et t'as parlé d'autres trucs, que je t'avais abandonnée, que j'avais eu le guts de quitter, "Ah ouin??? L'Uqam c'est plus facile que l'UdM??? Tu niaises?" et j'en profitais pour te traiter d'aveugle, d'ignorante, mais toujours avec le sourire. T'as tout gober, toute la marde que j'avais chier dans la journée, toute celle qui s'était accumulée depuis deux ans. Et t'as tout pris parce que je souriais.

J'ai eu ma rencontre. J'ai bien fait de me faire confiance, de rester malgré le manque de sommeil auto-imposé, le café ingurgité volontairement, ma starvation auto-générée. J'étais en crisse contre moi aussi, dans le fond. Mais tu m'as quand même fait attendre plus de deux heures. Et on n'a pas travaillé une seule fois, jusqu'à ce que le soleil disparaisse complètement, vers 18h. Seconde victoire: j'avais eu ma "date". Ok, dans une bibliothèque bourrée de souvenirs misérables, ok, à basse voix, ok, dans le cadre d'un "travail". Mais intérieurement, je savais que t'allais remettre ce travail en retard, en plus d'être rédigé par un autre têteux. Dès le moment où je t'ai vu, tous mes fantasmes de quickie dans les toilettes se sont évaporés. Je te voyais comme tu es: une psychopathe, "characterized primarily by a lack of empathy and remorse, shallow emotions, egocentricity, and deceptiveness. Psychopaths are highly prone to antisocial behavior and abusive treatment of others". Tu n'as que tes intérêts, fuck ceux des autres. J'ai fait pareil. Basta ton travail, je fais ce qui me plait. À la tombée de la noirceur, j'ai eu ce que je voulais, j'ai callé la fin de la séance. "Ok, mais demain, connecte-toi tôt qu'on puisse finir ça, ok? 11h? Non j'aimerais mieux genre... 10h." Yeah right. J'ai eu mon nanane, mange mon pain. "Fine. Bye."


Hier soir, après ma bière avec Raph, une soirée de grand bonheur, du bien être pur, j'ai enlevé la vibration de mon cell. Toute la journée, je l'ai laissé dans ma chambre, surveillant une fois aux quatre heures si j'avais reçu un appel ou un message. Des dix textos entrés, aucun de toi. J'avais raison. Je savais que tu n'allais pas te pointer. T'as trop détestée être aussi longtemps être avec moi, ou ton cell était mort, ou ton père t'as sacrée la volée de ta vie. T'as dû préférer l'autre colleux dont tu parlais pour faire faire ton travail, dû pour demain. J'aurais aimé que t'appelles pour de dire tout ce que j'ai écrit ici et dans le texte précédent. Je n'ai plus rien à perdre. Non seulement tu es rigide et prude, tu n'as clairement aucun intérêt pour moi, mais en plus je ne vois plus rien d'intéressant en toi. Fallait vraiment que je soit sorti avec cette seule fille pour tripper sur une petite garce froide dans ton genre.

Tu disais que tu ne savais pas dans quoi aller, pourtant si près de la maitrise, que tu trouvais ça dur. Je t'ai demandé quelles notes t'avais, en général. Rien en bas d'un B. Et j'ai pensé: voilà le travail de l'Université de Montréal, où l'on forme des jeunes à être des pros de l’intelligentsia, mais à tellement les déprimer qu'ils pensent qu'ils ne sont pas bons. Créons des maitres qui dépriment pour ne pas paraître vantards. Jamais tu ne rusheras pour trouver un boulot payant et reconnu, avec une maitrise en poche. Mais toi, tu vas broyer du noir à longueur d'année. Je risque de rusher davantage, mais au moins je sais que je veux du fun noir. À l'année longue.

Faut que j'apprenne à me faire confiance, à l'avenir. Je sais ce que je veux. Si tu ne me conviens pas, je te l'ai dit, tu vas le savoir en tabarnak. Dans ton visage sans expression, c'était pas évident de savoir si tu comprenais tous les calls vicieux que je faisais à ton égard...

En sortant de là, je me suis demandé: qui est le plus psychopathe entre toi et moi? Peut-être tu ne fais pas exprès. Mais t'as tellement fait de mal... C'est pire quand c'est même pas consciemment, à mon avis. Parce que tu ne peux pas le contrôler. Tu te sers de tout le monde, et tu ne changeras jamais, parce que c'est ta nature. Well, I'm done with you. YOU GET NOTHING! YOU LOSE! GOOD DAY, SIR! ;)

lundi 10 octobre 2011

10 oct - On ne peut pas toujours plaire au voisin

"Ton problème, c'est que tu réfléchies trop"
"Ouais mais j'aime ça, me casser la tête"

Avec lui, ça finit toujours par arriver. Autour d'une bière ou même par texto, dernièrement, on s'engueule amicalement sur nos différentes vision de la création, de la réflexion, qui sont finalement pas si lointaines. Chacun décrit des moments troubles, parfois même horribles de la vie, mais c'est notre façon de décrire ces horreurs de la banalité quotidienne qui nous écarte. Je préfère laisser le narrateur à son propre sort, dans un décor pitoyable et laisser le récit s'expliquer de lui-même, alors que lui y appose directement son jugement, sa propre psychanalyse intégrée au texte. Alors, je lui reproche de ne pas faire confiance à l'intelligence du lecteur, de trop réfléchir, tandis que lui s'amuse à me pointer du doigt, moi, qui tente de faire pitié, d'être tristrrre sans aucun fond, et ainsi de suite.

C'est le même principe pour le cinéma, ou pour n'importe quel autre domaine. Par exemple, vivre en société. Ça va toujours revenir à "On ne peut pas toujours plaire au voisin". Dans le domaine de l'audio-visuel, l'exercice le plus intéressant qui m'aie été donné ever, c'était l'essai 4 et [fraction] (en fonction du nombre de personnes qui avaient un produit final). Le but était de déplaire le plus de gens possibles. Être bruyant? Pas nécessairement; un silence de 30 minutes peut être plus insupportable que n'importe quel amalgame de mitraillettes. De toute façon, les gens aujourd'hui (hier, plutôt) danse sur du beat qui gueule "Vous êtes des animaux. Vous allez crever". Pour plaire, il y a tant de critères pré-établis... mais pour être détesté, quels sont-ils, ces critères?

Personnellement, je rage quand quelqu'un (qui n'a clairement aucune conception d'une bonne œuvre) se proclame cinéaste, ou écrivain. Il ne produit que des merdes insipides et se félicite d'avoir un beau rack focus, ou une belle phrase poétique en plein milieu d'une scène de piscine. Personnellement, je préfère me dire vidéaste et blogueur qu'autre chose, ne pas prétendre à ce que je ne suis pas, et perfectionner ces deux "sous-classes", que je ne considère en rien inférieures aux deux autres nommées plus haut. Non je n'ai pas présenté mon Naufragé à la Cinémathèque, ni publier le récit. Parce que ces médiums ne sont pas sur le même palier que moi. Mon film a été fait pour être regardé dans un sous-sol avec un cendrier pas trop loin, une dizaine de personnes, et de la bière en masse. Mon blog est là pour réfléchir deux ou trois minutes, ressentir quelque chose, puis continuer. "Intolérance", je l'avais fait pour déranger, pour être mal à l'aise. Et finalement? Tout le monde l'a aimé, à travers les malaises, les interrogations...
Comme quoi, provoquer pour provoquer, ce n'est pas la solution. Il faut scruter, gruger la psyché de la masse, trouver ce qui écorche chaque personne, l'utiliser et le montrer. À mon avis, c'est ce qu'a fait Harmony Korine dans "Trash Humpers". Trois êtres, ou créatures à forme humaine, se déchaînent dans une banlieue, fredonne une chanson troublante, crient, rient. Sont 'eerie'. Ça dérange, en même temps que ça fait rire, même devant un groupe aussi étrangement apeurant. Et encore là, pas besoin de la caméra pellicule, ni du HD. Il tourne avec de la vieille bande magnétique qu'on croirait sortie directement d'une poubelle. Et toute la magie s'y crée. Voilà l'alignement entre forme et contenu. Pas besoin d'expliquer ces créatures, leurs actions sont présentées, ne reste qu'à comprendre soi-même "où ça s'en va, c'te bebitte-là". C'est la force de la distanciation auteur-narrateur, le dépassement de soi dont on parle tant en théorie d'écriture.

TL;DR : cessez de vouloir plaire, en vous plantant constamment; assumez votre niveau, perfectionnez-le, dérangez. Déranger fait plus bouger les choses que de parler de puppies et de la nature (salut Coldplay).

samedi 8 octobre 2011

8 oct - Cerveau fleuve

Les milles pages se confondent, sur l’internet. Plusieurs textes méritent une étiquette pour les retrouver plus facilement, comme ici, ça parle du frère, du binaire, ah tiens, Binaire c’était un bon texte! Tiens un commentaire d’une wow ça fait longtemps, j’me rappelle plus son nom, facebook takatakatak, télé horaire, match des Pingouins, oh chouette! M’installe sur le divan, salut gros chat, tasse-toi, je regarde Fleury au but, tasse-toi j’te dis, bon tu veux te faire flatter, d’accord, tiens t’es mignon quand tu veux, d’accord j’te fais la toilette. Ah oui, j’me rappelle de son nom, là! Takatakatak, ça fait longtemps, est-ce que t’écris encore? Merde, c’est vrai qu’elle avait un beau nez, tiens j’vais écrire ça sur facebook : j’aime les belles filles avec un nez qui ne sort pas de chez l’esthéticienne, non c’est pas bon. J'ai envie de te dire que t'as un beau nez, mais tu pourrais penser que j'me moque de toi... alors que c'est loin d'être le cas. Finalement, j'te regarde et je love en silence, ton nez. Voilà, c’est mieux. Un point pour Calgary, bâtard… J’ai envie d’une quatrième bière, mais j’ai déjà la tête qui flotte trop vite, et puis who cares, personne ne va juger, je suis maître chez moi, comme disait Lesage, oh boy, cowboy Lesage, disait Bourgault, ouais faudrait je finisse son bouquin, lui. Faut finir de libeller ces textes, au son de Dummy 97, fuck que j’aime ta tristesse, Gibbons. Trop de Christie de BelleFille dans les thèmes, j’ai déjà hâte d’en sortir, de te sortir de ma tête, parsemé blog de réflexion, de vivre en société, de bons et moins bons coups, une bière, rivière cerveau c’est un pas pire titre, shit Caractères est encore down pour quelques jours. Ah ouais, j’me laisse aller, au diable les caractères, j’me laisse aller, pour mon plaisir, on verra c’que ça donnera. Je fume trop je sais je sais, takatak sur la machine électronique-nique-nique, le bruit des clics clics. Mi-temps. Glory Box, crisse que j’ai jouie dans mes pants quand le beat a parti. Je t’aime Beth, crisse oui. Ton petit coat fourrure sur le Quai Jacques-Cartier, crisse que t’étais belle à marier, oh oui, je t’aurais consolée. Et Raph qui parle de mes textes, merde mes textes, ils sont pas si hot, ils sortent quand je bois, quand je réfléchie pas, et la guitare, la guitare, la guitare, la guitare, la guetare, la guetare, les riffs de la décadente mort. Je réfléchie trop quand je colle le sobre. Mazzy stars, dans la nuit l’été indien, faut changer l’ambiance, j’ai besoin du flottement. J’écris pour ranger mes pensées, une fois évacuées, une fausse psychanalyse. Retirer le flux dérangeant pour rester normal, oublier pour ne plus trop penser. Et puis, des fois, elles ressortent, juste pour me troubler, elles vaquent, traînent, me tournent au ridicule parce que je n’ai pas de filtre et que tout bouge si vite quand je bois quatre bières, je n’ai plus de filtre pour ne pas dire ce qui se passe. Libels : fourrure, portishead, alcool, Raph, écriture, automatique, sport, chanson, amour, solitude

lundi 26 septembre 2011

26 sept - Écrire

Écrire. Éviter le regard des autres, tout en restant voyeur.
Je ne comprends pas ceux qui écrivent en collectif. N'ont-ils pas ce besoin de recueillement? Le partage, oui. Mais après, et non pendant. Comment une plume devient-elle soi si on la prête au milieu d'un mot intime? Non loin du sacré, l'écriture se doit d'être personnelle, à la limite cachée du reste du monde, une cicatrice qu'on n'ose montrer qu'à ceux en qui l'on a entière confiance.

Je bois pour écrire, tout en déconfiture... Je relis, la fierté monte, puis s'apaise avec le sommeil et l'assurance que personne ne lit de telles idioties. Deux jours plus tard, on me remet le nez dedans "Regarde ta cicatrice! Vois comme elle est sincère", et je bois à nouveau, entre l'euphorie nombriliste et la honte (forme de modestie extrême), devant une blessure que je n'osais pas pointer moi-même. J'écris pour moi, pour vider ma mémoire, créer du papier, pour mieux les renfermer dans des tiroirs. Sortir le crachat de ma tête, et mettre la clé, physiquement et mentalement.

Je crois que c'est Helene Cixous qui écrivait: "Écrire pour ne pas oublier". Les deux sont possibles. Il y a de ces phrases en moi qui n'ont étrangement pas cette censure qu'offrent les rêves; celles qui font mal parce qu'elles disent vrai alors qu'on tente à tout prix de le fuir, le vrai. Fuir. Fuir. Fuir. Loin. Loin. Loin. Toujours ces deux mots. Éviter le regard qui me rendrait soit égo-narcissique et imbu, soit l’extrême opposé.

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Paradoxe. Lorsque je sens le besoin d'être dans un lieu public, anonyme, pour apprécier ma solitude. Et lorsque la maison se vide, voilà qu'elle se remplie d'une, puis de plusieurs familles et entourage, leurs têtes invisibles au dessus de mon épaule qui frissonne. L'angoisse de ne pas vouloir appartenir à un groupe qui voudrait de moi comme membre, paraphrasait Woody Allen, dans Annie Hall. J'avais écrit, pour le jour de mon anniversaire, que je buvais pour être sobre, que je criais pour taire mes mots (maux). Et maintenant, ces mots, je les entends dans la chanson "Le manoir à l'envers" de Leloup. *Merde, quel con. C'est "Le Castel Impossible"...*

Je ne comprends les gens heureux de vivre dans l'écriture. Autant elle exorcise, autant elle détruit les fondations du monde autour. Elle permet trop d'univers pertinents, trop de réalités aguichantes. Comment supporter le trop plein de réel qui replonge en soi, en sortant la tête de sa plume? Existent-ils vraiment des personnes assez saines pour ne pas souffrir de leurs mots? Elles n'écrivent peut-être pas, alors. Elles jacassent, frivolent, caracolent. S'empêchent de toucher à la membrane douloureuse de la création qui, comme une côte flottante, accroche les poumons, colle au cœur à en pleurer, soir après soir.

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Trop près de la réalité. Un ami avec qui la pinte de rousse coule toujours à flots, il me raconte une nouvelle qu'il écrit pour moi. Le type regarde une fille dans le métro. La belle lui rend ses yeux, il se déniaise, elle lui ouvre la porte grande ouverte, s'embrasse jusqu'au lit, pour comprendre qu'ils sont seuls, se masturbant chacun de leur côté en pensant à l'autre. Nul besoin de dire que j'ai toujours été friand de happy endings, et que j'en eus les larmes aux yeux d'une telle réalité possible. Le problème avec Raphaël, c'est son désir de passer un message. Le mien est de pleurer sur mon sort.

-Buckle up.
-What? That's it? You're an international reknown psychiatrist, and all you got for me is "Buckle up"??
-... Well... Buckle up, sissy pants.
- ...nice. Thanks mom.

Je joue sur la beauté du moment. D'intervenir serait la détourner , la faire fuir (encore). Je préfère m'en tenir aux fantaisies, aux discussions infinies qui rarement finissent en engueulade, ou déconnade. Ma femme bourgogne, elle n'a besoin de rien d'autre pour être superbe, sous son étole. C'est pourquoi le narrateur s'est délibérément retiré de son champ d'attraction, qu'elle lui ouvrait volontiers. Parfois, le contact a tellement été source de déceptions, je me contente de supposer la perfection imaginée, plutôt que d'oser. Oser serait risquer le moins que parfait, le subjonctif en permanence.

J'ai réinventé la fille de mes rêves, pour lui donner des attributs qu'elle n'aurait jamais pu avoir si je l'avait empoisonnée de ma présence. J'écoute Blood Bank. La neige sur la voiture où sont pris un homme une femme. Dans mon univers, c'est elle, dans la voiture. Moi et elle, le soir où j'ai mis une croix sur son cœur, le soir où jouait à la radio de sa voiture "Endless love". Des moments comme ça, ça ne s'invente pas.

Bon Iver. C'est une autre solitude. Celle-ci très récente. Mon ex avait pris congé pour trois semaines, dont une qu'elle utiliserait pour aller se réfugier dans le nord avec sa grand-mère et sa(ma) petite sœur. J'ai accepté de m'occuper de son appartement, de nourrir son chat. La veille de ma première ronde, j'avais recommencé les "Short Stories" de Salinger. À peine une page, pas davantage, juste pour me remettre dans le bain. Le premier jour, le livre collé aux mains, j'ai lu pendant le trajet d'aller. Par fragments seulement. ...Trop ému devant les non dits d'Uncle Wiggly, je ne pouvais me permettre de pleurer devant tous ces gens dans l'autobus. Regarder dehors, en haut, pas trop cligner des yeux. Dans l'appartement, avec une caisse de Boris mojito, je me suis installé dans la chaise pouf, une bouteille et boite de mouchoir à mes pieds, cigarettes et livre dans chaque main. Et j'ai lu. Toute la détresse, à travers la mélancolie de Re:stacks, parce que ça me rappelait Montmagny dans le temps des fêtes, et que c'est triste, Montmagny sous la neige, le soir. Seul, sur ce balcon qui n'est pas mien Tous ces non dits avaient été lus. J'ai repassé les lignes fortes. Me forcer à sortir le lacrimosa.

Alors j'ai bu jusqu'à ce que ça sorte. Parce qu'il le fallait. Parce que jamais je ne m'accorde le droit de ne pas pleurer; jamais je ne me permet de ne pas souffrir. J'ai passé trop de temps à dire que j'étais content d'être un imbécile heureux, derrière mon comptoir de Couche Tard. J'ai subi trop de revers amical pour apprécier un amour qui pourrait se révéler sincère.

Alors j'écris pour oublier d'oublier. Je bois pour être ivre de sobriété. Je vis le kaléidoscope brisé qui ne déforme plus rien. Mes mots s'entrelacent, et mes bras ne trouveront que moi dans mon lit.

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Lundi, 26 septembre, 21h
Jean Derome



dimanche 22 mai 2011

22 mai - Vendredi Seins 1: Les fesses, c'est sain

Première partie d'un triptyque écrit en Atelier 2 d'écriture, en avril dernier

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Michel finit son riz, et j’ai encore une bonne part de poulet à la Guinness dans mon assiette. Ça commence à peser, avec les quatre ou cinq bières déjà ingérées. Bon, qu’est-ce que je dis pour ne pas être impoli? Concentre-toi, Johnny: c’est un repas amical, soit franc, mais sympa.

En tout cas, mon Mitch, c’était dé-li-cieux! Si j’étais pas aussi bourré, je te jure que j’aurais tout englouti! Mais bon, tu connais mon appétit d’oiseau. Ah, ben j’suis content que t’aies aimé ça. Par contre, ta comparaison est fausse, si on pense à ce que disait Norman Bates, à propos de l’appétit et… Oui, mais t’as compris ce que je voulais dire. Enfin, bref… Coucou Fellini. Fefi! Descends de la table! Oh arrête, Mitch, il est mignon quand il se lèche les pattes. J’veux ben, mais y met plein de poil dans nos assiettes, pis après j’pourrai plus en garder pour des lunchs.

Alors, qu’est-ce ça te tente de faire? Je sais pas pour plus tard, mais en attendant, on pourrait juste digérer. T’as une idée en tête, toi? Tu sais à quoi je pense. Michel, doux Jésus, non. Pas encore… Ah come on, Johnny! On est partner ou on l’est pas! Une bonne nuit aux fesses, ça va te faire du bien! Oui, mais pas quand on a déjà bu comme des trous. Il est 20h, on va avoir droit aux meilleures places! T’es pas sérieux? Qui te dit que c’est même ouvert? Nenon, on ne va pas se pointer aux totons à 20h, parce que sinon, ça va être nous, les totons. Tu changes d’avis si je te donne le choix de la place? Qu’est-ce que ça va changer à ma rép… Mitch, pas ces yeux là! Come – on, Jo! Je sais que t’en as envie. On a besoin de ça, comme n’importe quel homme normal. C’est sain, pour le corps et pour l’esprit, d’aller aux fesses. Oui, mais disons que les circonstances sont pas en ma faveur: ma carte de guichet vient d’être bloquée, et… J’ai tout ce qu’il nous faut. Ma paye est entrée, je te front le cash si t’en as besoin. T’as vraiment réponse à tout, mon salaud. Donc, t’es partant? Dis-moi avant pourquoi on a tant besoin d’y aller. Ça va me laisser le temps de digérer.

Pour moi, Jo, aller aux fesses, c’est se procurer à prix modique une aventure sans lendemain. Ça peut être un contact féroce, doux ou passionné. Pas de parlotte, ou très peu, et pas non plus de capote à acheter ou de test à passer. On touche une étoile sans avoir à la couvrir d’abord de compliments. Pas d’appel à tous les soirs, ni de remarques acides à subir, ou de jalousie si t’en regarde une autre.

Oui, mais il faut quand même la payer, la pauvre enf… Tu veux une explication, honnête? Écoute, tu sais très bien à quel point c’est jouissif d’arrêter de prétendre. L’amour pur et platonique qu’on dit chercher, et non le physique: foutaise. Pendant une ou deux heures, on se permet d’être sincère avec nous-mêmes, qu’on aime le cul… Le physique. Je préfère dire « le physique ». Moins vulgaire. Tu t’autocensure encore, mon pauvre ami. Laisse-toi aller, on est juste entre gars. Tu peux dire à ta blonde que t’as pas de fantasme, de peur qu’elle te gueule après parce qu’elle n’a pas le physique adéquat, mais tu ne peux pas mentir à l’oncle Mitch.

Génial, c’est « L’eau à la bouche » qui commence à jouer. Décidément, je suis pris entre deux vrais friands de sexe.

À t’écouter, on serait mieux d’aller directement au bordel. Non, parce qu’avec une pute, ya pas l’aspect le plus important : la retenue. Avec une stripeuse, que tu bandes ou non, elle s’en fout, et toi aussi. Comprends-moi bien: sans les baisers et la pénétration, la relation homme-femme s’en tient à son plus pur état de désir. Aucun complexe à développer. Si tu veux la blonde platine en jupette, tu paies, et t’as du bon temps en te laissant aller, avec un minimum de retenue. Oui, mais ya celles qu’on n’a pas choisies et qui viennent à nous, comme la travesti de 50 ans. Un mot de travers et je me fais mettre dehors. Retiens-toi de parler, dans ce cas-là. Souviens-toi que les premières en piste sont des requins. Tu résistes et t’attends la perle rare. Oui, mais s’il n’y en a pas, je vais attendre combien de… Oui, mais, oui mais, oui mais, c’est tout ce que tu trouve à dire? Reprends-toi, Jo! Arrête de faire semblant et avoue que t’aimes le contact avec une fille sur tes cuisses, caresser sa jupe à carreaux qu’elle défait lentement, laisser ses seins, petits mais fermes, glissant sur tes joues, son odeur de fruit sucré qui colle à ta chemise pendant des heures. Kandi et son nombril plus profond que les fjords de Reykjavik, Jessica et sa crinière plus douce que le velours…

Michel continue son défilé mental, mais tout ce que je vois, c’est Justine avec ses lunettes à montures, ses jambes aussi courtes et frêles que ma charpente, sa veste en fourrure de lapin les jours de glace, son chandail de laine qui laisse sa clavicule respirer, les jours torrides, ses cheveux en petites pointes, doux comme un réveil subtile. Ses yeux tristes quand il pleut.

J’ai perdu, Mitch, tu peux arrêter. Non, mon gars. On gagne. On va se payer une soirée de bonheur. Pas de drague qui ne rapporte rien. Que du bon temps, la face collée aux portes du paradis. Oui, mais pour ça, faudrait d’abord se brancher sur la place. Je te l’ai dit: your call. Oui, mais l’un ou l’autre, on n’y voit jamais les mêmes… Pile ou face, alors? Ouais ok, pile ou face. Si c’est la reine, on reste à placoter comme des matantes, et si c’est l’orignal, on accepte d’être ce qu’on est : des mâles. T’es de mauvaise foi, Mitch.

La pièce tourne, ma tête aussi. L’image de Justine se transforme en vieille peau. Je repense à mon père et sa grosse femme, mon frère et la sienne. Des trop bons gars qui sacrifient leur vie sexuelle pour le bien être d’une baleine sans amour, regrettant de ne pas avoir dans leurs bras une pin-up. J’ai encore le choix de mettre des culottes, d’avouer que je suis un salaud uniquement attiré par les jeunes demoiselles pesant moins que cent kilos. Ou devenir une bonne personne, faire fi du physique, et ne m’intéresser qu’à l’intellect… Basta. C’est pas une pièce qui va décider pour moi.

Jo! Pourquoi tu l’as attrapée? Tu veux plus sortir? Euh, Jo, t’es correct? On dirait que t’as encore mangé un citron: t’as la face comme… Non, ça va. Let’s go, on va prendre les meilleurs sièges.

Ce n’est pas une pièce qui va définir ma nature. Je suis un pervers. C’est mon choix, et je n’ai qu’à assumer, pour une fois. C’est comment, d’être normal?

jeudi 24 mars 2011

24 mars - 50 minutes of Summers

Suite à la suggestion d'une excellente correctrice, je corrige mon tir.
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Dimanche matin, appel du retour et personne ne répond. Ils sont à la messe. Sur la rue Saint-André, les gens paraissent gris et amochés. Mes yeux fixent le trottoir de peur d'être aveuglé par le soleil matinal, ainsi que les mères et leurs poussettes. Pire que les lundis sont les dimanches, seuil d'une semaine gâchée à travailler twenty-four-seven, lendemain d'un genre de party. Le trajet à la maison semble moins difficile quand le parfum clitoridien de Summers parcours chaque fibre de mon veston.
Ce qu'un gars pense en quittant l'appartement de son meilleur pote, à 8h am: Est-ce que j'ai fait une faute dans la note que je lui ai laissée? Oh god, j'espère que je passe pas pour un gros con. Pourquoi j'ai tout simplement pas attendu qu'il se lève pour partir? Il va tellement me trouver moron de juste le remercier sur une napkin.

Pour se consoler, la commande toute faite dans le fridge, une moitié de citron à défaut d'un pamplemousse. N'aie pas peur, ça fait trop longtemps, ton corps ne s'en rappellera pas...

Première image: les dents percent l'agrume délicatement, soucieuses de ne pas l'offenser. Le jus coule, pétillant et revigorant, tout en se réfugiant dans le palais avant de descendre jusqu'au fond de la gorge. Le nectar continue son chemin dans l'estomac tout en continuant sa route vers le sommet, section cerveau, classified mémoire. Mémoire court terme éveillée. Une blonde, slim, tendre, en habits légers et franchement osés. Elle courtise les mâles alphas qui la poinçonnent du regard tandis que mon partner et moi rentrons dans la boîte de strip illuminée de black lights.

Revenons en arrière. Disons trente minutes plus tôt, dans une autre boîte. Ma carte débit, bloquée pour je ne sais quelle raison, m'empêche de payer les 40$ que je dois à cette dame qui invitait l'audience à se joindre à elle et son amie sur le stage. Nous étions quatre à s'en donner à cœur ravi, dont deux sans l'ombre d'un doute qu'il fallait payer. Vingt longues minutes à l'attendre, entouré des deux danseuses et de deux bouncers, sans un sous, la sueur, la peur, le doute que Michel revienne avec l'argent, quarante chacun. Pour résumé, la honte, une fois de plus. Heureusement sa carte n'était pas bloquée, et nous sommes partis sur le champ, une fois les dominatrices payées, pourboires inutilement inclus.

Retour à Summers, le choix de ces gentlemen. La chance vous sourit quand elle s'approche aussi directement de vous, à votre table, surtout lorsqu'elle n'en est qu'à sa deuxième soirée et qu'elle brille comme une citronnade fraîchement arrosée, sa petite jupe à carreaux, sa chemise blanche ouverte au bon niveau, sans oublier un visage innocent et doux qui ne cache aucunement son côté agressivement sexuel. Dans la cuisine de la veille, le nectar du citron acide vibre sur mes lèvres et soupire la chair de Summers goûtée avec amertume.

Si seulement les dieux n'avaient pas été contre moi ce soir-là.
Michel, pendant 50 minutes, s'en est donné plein le nez du cœur frêle de la pauvre gamine.
Et les cops fouillaient la place, mais ma bière rentrait toujours bien pour paraître à l'aise.

Le temps s'effrite pour ceux sans le sous, obligés de refuser les douces offrandes de femmes mûres au physique cassé. L'été sort de sa cabine au bras d'un born again, complètement bronzé, et se dirige vers les prochains cancéreux, tandis que l'acide refait surface au bord de mes lèvres et reconfigure mes limites de parole. S'accrocher au goût, à la mémoire court terme. Summers, les jambes blanches, déjà épuisées, et repart avec sa nouvelle victime. Michel me permet un dernier emprunt de quinze dollars.

(il me faut finir ce texte. Définitivement.)






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JD

samedi 15 janvier 2011

15 janv - Confession

Dans le cadre de l'Atelier 2, création littéraire (UQÀM)

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I- Toi

Hiver de gris solitaire, dans lequel nous avions décidé de fêter à notre manière. Pour l'occasion, tu avais acheté des haut-parleurs pour défoncer les murs de la chambre à coup de cent-vingt décibels et de Jack Daniel. Comme à chaque évènement qui me sortait de ma solitude, j'avais apporté ma petite caméra et quelques feuilles. Avais-je prévu que cette soirée finirait comme un de nos plus forts souvenirs commun?
Je t'ai fait lire un de mes poèmes, même si je n'avais aucune confiance face à toi. Tu as souri, m'en a demandé d'autre, tandis que tu enregistrais ma voix frêle et brouillonne réciter un brouillon qui me faisait honte. On écrivait ensuite chacun de notre côté avant de reprendre la folie par les cornes. Format seize-neuf, en noir et blanc, on réussit encore à distinguer tes cheveux blonds de ma crinière noir de jais. Nos chemises longues, prêtes à faire honneur à une pâle copie de Morrison. C'était avant que le Meddley ne ferme, et nous avions 18 ans. Tu dansais dans la chambre, pendant que je filmais la bouteille presque vide.

La cassette avance, recule, pour s'arrêter sur ma main qui ne cesse de gribouiller. L'odeur de la liqueur me revient, la flamme du besoin d'écrire tout ce que nous voyions de notre fenêtre. Il n'y avait que moi et le désir. Peut-être même en ai-je déjà eu pour toi? Je revois mon sourire moqueur et gêné, pétrifié par le fait d'être à jamais capturé dans ta mémoire. "Peut-être que tout ça, au fond, n'est que mascarade", répétais-tu sans cesse, au cours de notre récit poétique. L'image de ces murs beige n'était qu'une sombre illusion d'une chambre enflammée par le besoin de créer. Sur la nuit sauvage qui se terminait, tu dormais de tout ton long sur le lit, alors que je restai éveillé jusqu'à l'aurore pour enfin ne jamais cesser d'écrire.

Et comme je te maudissais, visage derrière la boîte à image, de ne jamais répondre à mes questions. Et je me détestais de continuer à improviser, jouant avec ton silence. Et pourtant, rien ne fût plus divertissant que ce moment, à créer à tes côtés.

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II- Toi

Dans la brume des bars, tu passais devant moi. Aux yeux de toutes, tu semblais comme toujours le préféré. Bien que portant tous deux le veston, tes cheveux blonds et frisés avaient l'avantage sur ma coupe timide et légère. Et pourtant, en aucun cas tu n'as profité de ton apparente célébrité. Tu ne semblais qu'avoir une envie: discuter avec un vieux copain. C'était vendredi saint, et la chaleur nous collait à notre chaise, alors que sur la piste de danse, tous nos fantasmes se laissaient aller au rythme de la musique pop.

J'avais besoin de sortir fumer, alors tu m'as accompagné. Bien que je passai devant, je sentais tous les yeux tournés vers toi, des yeux envieux, tandis que je fixai le mur noir où était inscrit les mots "More than a friend" en blanc. La cigarette au bec, j'enviais le regard massif qui se posait sur toi. Et je te détestais d'avoir cette attention en permanence, mais ces quatre mots revenaient dans ma tête. Les scénarios fusaient de toutes parts. T'avancerais-tu auprès de cette punk aux cheveux rasés sur le côté? Feriez-vous l'amour comme des animaux? Lorsque ce fût elle-même qui s'avança pour te parler, les images que j'avais en tête s'effacèrent. C'était moi, en fait, qui s'effaçait de notre bulle. Je suis devenu moins qu'un ami, plus qu'invisible, jusqu'à ce que tu repousse son amitié et décide de revenir à l'intérieur du bar avec moi.

À notre table habituelle, j'étais rendu nerveux. Ma bière a glissé et, pour rire, j'ai fait semblant que j'avais uriné. Mais le stress était trop présent en moi et mon sourire a vite disparu. En revanche, toi tu paraissais à l'aise, presque confortable. Au bout d'une autre heure, nous sommes ressorti. Deux jeunes filles nous ont parlé. C'était la première fois de la soirée que j'existais. Jusqu'à la sortie des bars, nous étions deux gars et deux filles qui discutions de vêtements, de sexe et de gorilles. En quittant l'établissement, j'ai cru bon suivre nos nouvelles amies. Cette fois, c'était toi qui semblait nerveux. Savions-nous qu'à ce moment, toute cette soirée ne serait qu'un chapitre d'un très long récit? La nuit nous a emmené sur les pistes d'un crime de ruelle, où deux types, arme à la main, cagoule sur la tête, nous ont assurés qu'ils s'étaient occupé des Arabes qui trainaient dans le coin. J'étais saoul, et je n'ai pas senti ton regard tueur quand j'ai dit à voix haute et plein de sarcasme: "Ouais, ben, vive le KKK, hein!"

Tu m'as donné un coup derrière la tête et m'as dit de te suivre. On coupait alors la route avec nos copines pour trouver refuge dans un café quelconque, sur Saint-Denis. Cahier de dessin à la main, j'ai commencé à rédiger furieusement le premier esquisse de cette soirée inattendue. J'avais envie de partager avec toi ce souvenir. Chacun notre calepin, notre vision de l'aventure...


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III- Toi

Près de toi, les mots s'envolaient. Sur les pages blanches, les seules paroles qui semblaient s'y coller n'étaient qu'orduriers et sans propos. Avec toi, sous les couvertures, les minutes paraissaient des heures. La fatigue, l'ennui, le mépris, les sanglots sans relâche. Puis, une année entière nous sépara avant de retrouver une vraie magie.

Il suffisait d'une séparation pour que tu désire enfin venir avec moi au Lac-de-Mai. Chacun de nous baladait sa caméra, capturant chaque moment de la longue marche qui nous rapprochait. Tu as cueilli une vingtaine de ces fleurs en cloche, puis tu les as posées dans le creux de ma main. "C'est pour ta mère". Et tu as continué à marcher devant moi. Ce n'était pas seulement le soleil du printemps; tu rayonnais à part entière. Aucun mot ne fût prononcé de tout le trajet. Le son des vagues était suffisant pour nous remplir la tête de mille images. Tu avais envie de prendre des photos de l'étang, alors tu as marché jusqu'au fond, renfonçant tes espadrilles dans la grande marre boueuse. Tu es revenue à mes côtés le sourire fendu jusqu'aux oreilles. Je connaissais un coin parfait, au bord de l'eau, mais comme c'était un terrain privé, tu as voulu demander au propriétaire si on pouvait s'y promener. Avec ton soleil de sourire, c'était déjà dans la poche. On a descendu les marches en bois qui menaient directement à la berge. À peine avais-je eu le temps d'enlever mon veston que tu avais les deux pieds dans l'eau. J'avais soudainement envie de me baigner, mais j'avais aussi terriblement peur. Alors tu m'as regardé et tes yeux m'ont dit de te suivre. On n'est pas allé très loin. Juste assez pour être mouillé jusqu'au torse. On s'est assis sur une roche qui sortait de l'eau, dos à dos, et on a laissé le silence nous remplir les poumons.

J'aurais aimé souligné chaque mot que je voyais sur les vagues qui berçaient les milles iles, mais je n'avais rien pour décrire autre que mes yeux étourdis. Comme un vide d'expression, comblé de mille pensées inédites.

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IV- Toi

Tu étais déjà très loin. Je t'avais effacé de mes mots, après une overdose de toi, de ta chevelure blonde cendrée, de tes cils parfumés aux yeux bleu de mer foudroyée. Le feu était pourtant toujours allumé, et malgré toute les cendres que j'entassais, toujours les étincelles restaient. Mon père était revenu de Paris depuis près de deux semaines et nous étions au chalet de son ami d'enfance. Je refusais de penser à toi. Le refuge en pleine nature était là pour ça: écrire pendant cinq jour de tout et de rien, loin de toute résonance des derniers mois auprès du soleil que tu étais. Sur le balcon, le troisième jour, j'écoutais mon père et son ami discuter alors que nous buvions notre deuxième bouteille de vin de l'après-midi.

J'ai fait une gaffe en prononçant ton nom. Mon père n'a rien dit, mais Claude a tout de suite demandé si je t'aimais. "J'ai fait une croix, parce que, bon...", mais mes explications ne l'intéressaient pas. Il voulait savoir si je te portais encore dans mon cœur. Mes milles paroles cachées à ton égard me sont revenus en mémoire, mes vingtaines de proses endolories que je n'ai jamais su te dire, elles m'ont envahi. Et j'ai menti, prétendant que c'était fini, les rêves. De l'amour, il n'y en aurais plus que pour mes mots.

La chaise devint inconfortable, l'alcool me montait à la tête, et le soir, j'ai senti le besoin urgent de t'écrire mes sentiments sur une feuille de calepin, pendant que sur l'écran géant jouait un vieux film qui faisait rire les deux aînés. Et une goutte de glisser sur l'encre noir, ma tête dans le goudron, l'acide dans les poumons, je t'ai écrit ma seule lettre d'amour, dont je conserve encore le brouillon dans un coffret en métal, cadeau de mes six ans.

Jamais une personne ne m'auras inspiré tant de scénario que toi. Puisse-tu trouver une meilleure fin que celles de mes tendres illusions.

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V- Toi

Tu avais déjà froid et ne voulais pas sortir. Tu as pourtant été facile à convaincre. "Viens, on va rire" et tu m'as répondu: "Seulement si tu y es aussi." Avec une telle simplicité, comme si nous nous connaissions depuis longtemps, alors qu'on ne s'était parlé pour la première fois que ce soir-là. Dans mes écouteurs, jouait sans cesse une ballade instrumentale à la guitare qui me guidait silencieusement à mon arrêt. Il fallait le voir de ses propres yeux: des maisons rangées à perte de vue, se laissant couvrir tendrement par un fin voile de neige. Le temps s'est arrêté alors que tout n'était que blanc, tes yeux bleus et ta laine rouge dans ma tête.

Tandis que l'angoisse de bien paraître me tuait lentement jusqu'à mon arrivée, tu te préparais langoureusement, encore bien au chaud chez toi. Après ton message, j'ai cru bon arriver plus tôt à la fête où attendaient plusieurs de nos amis. La ville était glaciale et les gens, répugnant. Le vent soufflait la désertion et le malaise. Et tandis que nous en étions à notre deuxième pichet, comme un ange de porcelaine tu débarquais enfin. L'espace était restreint, alors tu t'es assise plus loin avec un ami. Sans savoir pourquoi, j'évitais ton regard, discutant avec tous et chacun. Mais ma tête refusait de ne penser qu'à autre chose qu'à tes petits cheveux blonds, tes yeux d'azur, et ta grosse laine rouge. Tu ressemblais à une enfant dans un monde d'adulte.

Du doigt, tu m'as demandé d'approcher. J'ai fait le bouffon, comme d'habitude, en pensant pouvoir t'amuser. Ton regard triste parlait plus que toi. Et déjà, je sentais pour la millième fois dans ma courte vie que les plus belles choses que j'aurais pu te dire, c'était en fermant ma gueule. En t'écrivant un conte hivernal, doux comme le voile de neige, froid comme tes pupilles, chaud comme ta laine rouge. Pour toi, j'écrirais une mer de bateau voguant au fond des eaux, des récifs perdus que seul le temps rend beau.

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JD, samedi 15 janvier 2011, 16h

jeudi 30 décembre 2010

30 déc - Speak No Evil, Thou Who Know So Little

It's past midnight and my head is fuzzy already. I've drink maybe four or five beers, by now. We were supposed to meet some people around eleven... And we're still waiting. I tell my friend I want to go out, take a drag of a smoke, so he follows me and does the same. I feel uncomfortable for a moment, then take a look around me. On the main wall is written: "More Than A Friend". I'm now afraid that something might go wrong.

As we finish smoking, I stare at some of the people sitting inside and recognize some girl we've met the last time we came together, maybe four months ago, or more. I tell my friend she's there, but I feel so stupid for a second, because I know he's gonna poke me 'til I talk to her. I am relieved as she passes by and talk to us, since I don't like to start conversation. She tells me about that night when I said to some prepy boy: "Sorry, I don't touch your kind of people. See, I'm homophobiac." I don't recall that part, but laugh anyway, feeling kind of proud for a moment. And then, the fear comes back again.

The people we were supposed to see canceled for some dorky reason. Something concerning some baby sitting or whatever it is. I come back at the bar to ask for a sixth beer, but the bartender looks at me, shrugs "Oh you again. Mister generous", and call quits for a smoke. I'm completely lost.The next barmaid comes to me, takes the order and gives me the beer I asked. Since I'm all "what the fuck" because of that douchebag, I give the girl twice the price of the beer in tip. She tells me I've given too much, and I turn to her and say: "That's for shuting your stupid friend's mouth." Raph is still talking to Fairy when I come back. I want to go out again, and smoke for the rest of the night, but the dizziness won't wear out and I feel like I should stop drinking. Some really young but very tall young ginger girl comes by, smiling at everyone except me. Her hair is shaved on the sides. God I hate that new style of hair-do... What a shame for such a pretty girl. She spots my friend and talk to him in a very smooth way. It seems she's drunk and doesn't give a fuck about how stupid she looks, talking to anyone like that.

THAT. I was afraid of That kind of thing. You know, when you're having a good time with an old friend, and then, suddenly, out of nowhere, That. Someone, really neat, even sexy maybe, comes by and talk to your friend. And she-just-fucking-ignores-you. For the second time tonight, I feel like some stupid retard from the suburbs, while I look at my best friend, all teeth crocked, curly and itchy hair, getting all the fucking glory out of a fucking drunken teenager.

I see this, and remember the prom night. One of the girls I had a crush on, earlier that year, was having a goddamn good moment, making out with a friend of mine. She was literally on him, on his seat, pulling out the tongue like a fucking Alien or whatever. I remember walking him to our room, speaking non-sense, saying stuff like: "I don't even like her, dude! She kind of disgust me, you know?" And I remember how much I've seen this scene over and over, through the last six years. How much did I hate those guys for being so lucky and so fucking rubbish about it.

Seriously. Put a bullet in my head. It would be so fine...

The hall becomes very hazy. Someone put a smoke machine in the entrance and it's so dark in here, I can't see shit. I check my pack. Empty. See someone dragging one out so I grab it, and light it, without even knowing if it was there for me or what'ver. I smoke it all in one shot. Can't see straight anymore... and faint.


There's a hole in my shirt, and a huge stain on my pants. Some big gorilla picks me up while I puke on his back before he knocks me out out my world again.

I'm a total wreck. No solution... I don't know shit about living properly. I should just shut the fuck up and walk all the way home by myself. That'll teach me some goddamn manners, you fucking nitwit.

jeudi 14 octobre 2010

Slide to Dream (jeudi 14 oct 2010)

Je suis à l'arrière de la voiture, la ceinture qui me coupe la respiration. À l'avant, du côté passagé, un ami semble aussi anxieux que moi, mais pour d'autres raisons. Que sais-je...
Je vis un rêve; reste à savoir s'il tournera au cauchemar ou non.

La porte s'ouvre du côté du conducteur. Ni rassuré, ni en danger, ma tête fait de petits sauts à l'intérieur du crâne. Entre malaise et confort, je laisse la voiture nous guider vers nulle part. Le regard tombe souvent dans le vide pour chacun de nous trois et je commence à me demander: "Mais, on va où, là, au juste?". Tous trois silencieux, tous le regard au loin ou sur ses genoux. Puis, on me propose de donner la prochaine destination. Dans mes pensées vagues, je souris, fais semblant d'avoir compris la question, et pointe dans le vide. La voiture prend alors un tournant...

Au moment de changer de direction, je me retrouve soudainement sur la banquette avant de la voiture, mon ami maintenant à l'arrière. Ni à la place du passager, ni totalement au volant, je regarde droit devant. La musique me berce, l'odeur ambiante change. Je vois tout à coup de magnifiques paysages, peu visibles de l'arrière. Mon visage rougit, je deviens plus serein et je sens le volant se glisser légèrement sous mes doigts. I grip the steering wheel as hard as I can. À moitié en cuir glacé et moitié tissu carotté, je prend le contrôle qu'il me permet d'avoir pendant de courts instants avant de repartir dans un autre sens, revenir et repartir, toujours et encore. La musique qui joue me fait planer, un morceau puis un autre, puis un autre, puis un autre. L'émotion me prend au cœur, j'en ai des sueurs, je suis pris de vertige qui me fait voir pour la première fois que je suis maître de mon rêve! Après toutes ces années sur le siège arrière, je suis enfin capable de diriger la voiture là où je souhaite aller... Certes, il faut suivre le code de la route, et heureusement, je suis assez éveillé pour le suivre. Mais on m'incite implicitement à dévier quelques fois, me laissant dans une euphorie sans borne... Le nez collé sur le volant, j'hume le parfum enivrant jusqu'à ne plus voir clair... Les paysages défilent, et se ressemblent, mais sont toujours d'une beauté inouïe.

Après avoir voyager par moi-même une bonne demie-heure, je décide de reléguer le volant à mon ami, presque épuisé, sur le bord de me laisser bercer dans un profond sommeil rêveur au fond du premier rêve. Je suis soulagé, vanné, et émerveillé. Et tout ce temps, jamais je n'ai vu le visage de cette personne qui me passait le volant... Mais tout ça n'a plus d'importance.

Pour la première fois, je conduisais mon rêve selon ma volonté. La hantise n'est plus.
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JD
jeudi soir, 14 octobre 2010, minuit

dimanche 26 septembre 2010

Superheroes

Les gars sont partis prendre un verre au bistro Wilde. C'est jeudi soir, je décline l'invitation. Même si je n'ai plus de cours jusqu'à lundi, je suis crevé de l'intérieur comme de l'extérieur. Mes pas sont lourds et mon dos est courbé par l'effort de passer au travers d'une semaine exténuante. Seul devant mon ordinateur portable, je prends une bière et j'écoute Superheroes pour me donner un petit sourire. Évidemment, la musique me passe dessus comme de l'eau qui coule sur un roc solide, immuable. Le soleil est déjà couché depuis quelques heures. Savoir que l'hiver est là, à m'attendre comme un faucon attend sa proie, ça me traumatise, je suis pris de panique...

Par la fenêtre ouverte, le vent glacial se jette sous ma chemise. Encore trop effondré et impossible à bouger de mon siège, je reste là à subir mon sort. La mort me souffle dans le cou que j'essaie de couvrir de mon possible. Mais toujours, je reste en place et me dit qu'après tout, c'est probablement ce que je mérite. Il est passé 22h, et intérieurement, je sens un minime souhait qu'un signe extérieur m'appelle. N'importe quoi pour me sortir de la noirceur, du grabuge qui m'habite. Par pitié, faites qu'un quelconque colporteur sonne à ma porte. Ne serait-ce que pour me lever, ouvrir et répondre d'une voix monotone: "ne me dérangez pas"...

22h10. J'ai de petits faisceaux qui descendent de mes yeux. Les voies nasales sont submergées puis éclaircies. J'ai dans la tête des histoires de bonheur qui n'ont ni queue ni tête, des souvenirs de bons moments puis des terribles catastrophes qui me restent collées au fond du cœur de pierre. Je vois des démons, des flûtes de champagnes, des fêtes détruites par des nazis, des filles éventrées et violées, des gars dont les mains ont été coupées. 22h30. J'ai les yeux secs, un goût amer de métal dans la bouche, et ce qui restait de ma force s'est complètement dissipé. Plus rien ne me vient en tête, je ne fais que jouer au Solitaire. Et je me dis que c'est bien un jeu fait pour moi...

Je ne vois plus le temps passer, et une personne frappe à la porte. Au même moment, le téléphone vibre dans ma poche. Les gars n'étaient pas au bistro. "Vient, dude. On va te payer un drink au Dal." J'ai envie de les remercier et de renoncer, mais je suis trop faible pour décider quoi que ce soit. J'ai envie d'être dans les bras d'une fille qu'eux deux trouveraient trop superficielle et trop niaiseuse à leur goût. Juste pour les faire chier.
Mais disons que pour ce soir, je vais faire comme si j'étais content de les voir, et les appeler des Superheroes qui m'ont sauvé de la mort. Juste pour ce soir, j'va faker d'être content de les voir. Parce que, tout simplement, il n'y a que lorsque j'ai besoin d'eux que je ne veux pas les voir...

Allez savoir...

lundi 19 avril 2010

Petits Dessins. Merci Lucien.

Oui oui, ça s'en vient, les 3 volets du Naufragé. En attendant, gâtez-vous avec des ptits croquis. Le message sera peut-être modifié pour rajouter les 3-4 pages de pseudo poésie déssinée.
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. Chez Raph, en m'emmerdant...
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. "Chui ta Gueule!" "Ah putain, t'as grandi... t'es dégueulasse.."
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. Un ami disait, ce soir là: "Ouin, j'aime les femmes" avec le grand sourire...
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. Merci pour la musique.
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. Everything Is A Balloon.
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Stay tuned for more Stickin' Around!
DM aka LGND
19 avril 2010, 14h

vendredi 16 avril 2010

La Colline

Toute la violence qui a pu m'habiter cette nuit. Toute l'animalité, l'esprit bestial et festif... La soif et l'envie...
Et puis on sort, et je sens encore son odeur sur moi...
Et puis, je prends l'autobus. Symphonie... non, ce n'est pas une symphonie. Mais oui, il y a quelque chose de saint... Et non pas de ses seins à elle. Mais ces prières réunies, ces voix si douces et innocentes, suivi d'un souffle du vent par dessus la colline. Toutes mes prières auront été vaines, il fallait que j'en écoute des vraies pour enfin être absolu, pour voir passer un ange. Une brise douce de fin d'été. On venait à mon secours et j'en suis reconnaissant.

Ses seins, sa peau de satin, ses cheveux de lin, son odeur, son ardeur. Elle devait être sur la méthadone, ou quelque chose du genre. Aucune âme. Pour un pauvre pécheur, c'était la séduction instantanée. Aucune inhibition, let's go, on danse. Et voilà, les doutes reviennent. Non, je ne suis pas fait de bois. Mais où se trouve la limite? Les doutes, les mauvais sentiments, le besoin d'agressivité, la douceur, la violence, les complexes clarifiés, écartés et qui reprennent du service à nouveau. Enfin j'ai ce que JE MÉRITE: une taille de guêpe qui me tourmente, tout en me prouvant que oui, ça existe. J'en ressort comme on sort d'un rêve en plein milieu de l'action. Le ventre à l'envers, non ce n'est pas la bière ni le burger que je ne digère pas. C'est la place... Lieu de perdition, me disais-je sans cesse répétant à tout va ma petite pensée qui pourrait me sauver. Le temps ne règle rien. J'ai compris.

Son odeur qui me suit, l'odeur de la Ville me suit, mon haleine, les vidanges, les clochards, les pubs miteux. Tout me pue, me rit au nez, me regarde marcher droit devant, la tête baissée. Humiliation, peut-être. Non pas vraiment. J'avais tout prédit: la joie, l'excitation, l'aveuglement, le sentiment du mal être, les pleurs. Tout ça était écrit. Selon Seymour, je ne devrais pas écrire ces mots, mais les voici: je suis né pauvre pécheur.

Toute la violence, au cours de ma très petite vie, j'ai essayé de la canaliser de plusieurs façon, physique ou mentale. La prière n'est d'aucune aide lorsqu'on s'y approche seul. Il faut un guide, un fil conducteur. Il ne faut pas passer sa vie à chercher. On est suivi de proche par un vent qui nous berce légèrement, et il suffit d'une brise et de s'en rendre compte pour profiter de ce qui passe. Tout moment a son pesant d'or. S'agit-il de péché ou de moment de recueillement? Peu importe, il suffit d'être en accord avec cet instant. La débauche? Non, pas vraiment. La sérénité d'un cloître? Je n'crois pas. Vanité, vanité, tout n'est que vanité. Cesse de te plaindre et savoure.
Pendant que ça passe, tsé.

Moi, finir prêtre? Crisse, t'es malade... J'va pas demander pardon à chaque fois que j'rentre au confessionnal. Je compte pas en abuser non plus. Mais pour ce soir, je vais garder son odeur... Je la laisserai partir demain, et j'oublierai. J'oublierai son odeur, mais pas son existence. Ensuite, on verra. Pour l'instant, les vagues bien au-dessous de la colline, je les laisse me bercer tendrement. Et je n'oublierai pas que cette larme versée à cette écoute est de la même source que celle que j'ai posée sur sa joue, au moment de notre dernier ébat...

LGND
Vendredi 16 avril 2010, 1h am du mat
Après les Totons, tsé