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lundi 4 juillet 2011

Bilan part three

After one year, after (presque) two years: Les années cégep

2005:
Récapitulons. Entrée au cégep en grand, en douce. Clique 2005-06, c'est Simz, Caro, Pierre-Luc, Maude, René, peut-être même Mathieu "19e siècle" Forget. On parle de films trash, ça fume à gauche et à droite. Sinon, ya les cours de tennis avec la délicieuse Cynthia Landry, à qui je trouvais des airs semblables à Jess. Bref, elle me liftait à chacun de nos cours près de la future station Cartier. Dans ces cours, j'y ai aussi fait la connaissance d'une vraie bombasse belge: Natalie. Avec son accent cassé et sa voix éraillée, ses longs cheveux d'or, ses yeux félins, et ses seins pointus, j'en avais pour des nuits à suer, complètement bandé. La rigolade, c'est qu'en rentrant d'un match du Canayen, elle était dans la même rame de métro que moi, mon frère et son pote qui n'arrêtaient pas de me pousser vers elle. J'ai fini par lui demander son numéro, que j'ai écrit en quelque part, que j'ai perdu quelques jours plus tard. Merci destin!
Côté couple/amours/etc, Laurent et Cynthia ont vu leur appartement chier dans leurs mains. Puis se fut le tour du couple. J'étais un peu déçu, mais pas tant que ça. On s'est ramassé avec plusieurs de leurs chatons, dont Mimine junior et Noireaud. De mon côté, j'ai reçu la dernière lettre à vie de mon ange gardienne qui venait avec un CD mix de plusieurs titres, en général plutôt cucu-la-praline. À plusieurs occasions, j'ai voulu lui réécrire, et puis finalement, ça n'a jamais été le bon moment... Alors on s'est perdus de vue.
C'est aussi le 31 octobre 2005 où j'ai ma première visite au légendaire bar Le Dallas, ainsi que ma première vraie brosse: avec Patrick Aubin, un fendant de la clique finissante, je bois plus d'une demi-douzaine de Smirnoff Ice en moins de deux heures. Inutiles de dire que j'ai passé l'heure qui suivait la tête couchée de côté sur mon avant-bras à vomir MA VIE. On finit l'année 2005 en grand à la projection avec nos merdes dont on était tellement fier, mais surtout avec un auteur qui sera mon mentor pour les années à venir: Jerome David Salinger.
Pris d'une certaine maladie, j'ai dû me rendre à la clinique où j'allais poiroter un bon moment, alors je m'étais apporté une lecture. L'attrape-cœurs. Mise en contexte: je viens d'avoir 16 ans, j'ai coulé plusieurs cours (plus de la moitié en fait) et craint affreusement un renvoi du cégep ainsi que de la maison. Et voilà que je lis le récit d'un gars de 17 ans, expulsé de son collège et qui refuse de rentrer chez lui, sous peine de se faire engueuler solide, alors il traine dans la grande ville de New York... J'ai partagé ses pensées, ses craintes, ses haines, comme les vrais petits cons que nous étions à tout envoyer chier, sans jamais rien apporter de quoi de constructif pour un meilleur monde. Bref, c'était le début d'un amour fou avec cet auteur.

2006:
Après avoir relu "Zombies" de Bret Easton Ellis, je décide que l'histoire de Cheryl Laine sera le scénario de mon film de 5 minutes pour le "real deal". Mais bon, le prof trouve ça trop complexe et préfère me mettre dans l'équipe des bouffons. Leur idée de film: un gars qui badtrip sur une olive. Moi qui tripais mise en scène, dramatique, on me refourgue la place du technicien son sur une comédie à deux sous. Fine. Au moins, ya la charmante Jade Lauzon et la petite chix Alexandra Falcon. Fin janvier, méga panne de courant, juste après un examen d'histoire du cinéma. Ça nous empêche pas de nous rendre au Dallas pour boire comme des trous, jaser philo et jouer au billard avec des profs. Si ma mémoire est bonne, c'est aussi ma vraie première puff de cigarette. Merci Bob Despaties!
Vers février mars, je découvre la beauté de Tegan and Sara. Puis, on tourne à Saint-Eustache; durant l'aller, chose Drolet met "Je joue de la guitare" de Leloup, et me dit à quel point c'est un génie, ce à quoi j'acquiesce sans trop savoir de quoi il parle. Sur place, ya des amis d'Alex qui arrêtent pas de déconner et c'est chiant. Au retour, on manque de se péter la gueuler solide quand on me ramène dans mon quartier pourri. La fin de la deuxième session, c'est aussi mon assistance sur un plateau de 2e année pour être photographe et faire l'affiche de leur film. Première journée dans un quartier éloigné de Montréal, l'actrice qui se trouve à être la tante de la réalisatrice, Kader Akyol, pète un plomb et offre la clope à tous et toutes. Moi inclus. Ma première top au complet, le buzz. Second et troisième jour, on se trouve dans des décombres, près de l'école Sophie-Barat. Rencontre avec le frère de Kader, un brillant avocat qui jubile devant mes photos. On finit la session avec nos films, et je trouve honnêtement que notre film rock plus que les autres. Je commençais à accepter mon sort de gars du son.

Simz m'avait parlé d'un groupe... Les portes... Right. J'vais essayer d'écouter ça. J'achète un bestove des Doors. "Riders on the storm"... Oh God. En vélo, je passe par le boulevard Sainte-Rose pour m'arrêter sur rue des Charmes, je m'installe dans le pré, et j'écoute la pluie de la track. Sérénité just kicked in. J'ai commencé à chercher les parcs, à lire Rimbaud, à écrire des poèmes, à fumer mes premières cigarettes (indiennes) by myself. C'est aussi mon petit séjour à Embrum chez Karianne et ses parents, notre trip à Ottawa, le show punk, sans oublier mon dernier passage à La Ronde, avec mon frère, durant lequel j'ai seulement fait deux ou trois manèges maximum, préférant lire les nouvelles de Salinger. Summer's Almost Gone, et je commence le bouquin d'Aldous Huxley sur le peyotl à la fête de la famille du père. Un gars dans la trentaine (un cousin ultra éloigné dont on entend jamais parler) avec des costumes m'invite à jouer avec les enfants. La clope au bec, le nez dans le bouquin sur les drogues hallucinogènes, je le regarde avec un air qui dit: "Tu te fous d'ma gueule, ou...?" Le gars a l'air trop content, avec une petite voix aiguë, et il insiste. Moi aussi: "Nah marci. Je lis et c'est suffisamment intéressant."
Et je viens d'apprendre que ce 30 juin 2011, ce même type s'est pendu, après une dépression de 4 ans.
Des fois, je me dis que je suis chanceux d'être amorphe par moment. Quand on est jamais trop joyeux, ni trop malheureux, ya jamais le danger de finir ça aussi brutalement...
Parlant de mortalité. Mon premier chat, je l'ai eu pour mes 2 ans. J'ai grandi avec un genre d'ami slash demi-frère slash souffre douleur pendant plus de 15 ans. Pendant les plus grandes peines, il était là, pendant les plus grandes colères et les plus importantes joies. Il est parti, puis revenu. Et vers la fin de mes 17 ans, il a commencé à avoir des convulsions, il courrait après sa queue pour l'arracher, et non pas pour jouer. Il était maigre à mourir. J'osais à peine le flatter, sa colonne étant trop prononcée.
Alors on l'a fait piquer à la SPCA... Comme j'étais en voiture avec mon père, je n'ai pas osé une larme. Ni en laissant Mimine dans une cage, pleurant sa délivrance, ni en sortant de la SPCA, ni dans le retour en voiture. Je n'ai jamais pleuré la mort de mon meilleur ami et confident... Et je le regrette encore aujourd'hui.
Ma chambre ne pouvait plus rester la même depuis son départ. Alors on a décidé des couleurs )blanc, bleu ciel, vert forêt) et on s'est mis au pinceau. Fini le vert lime pâle. Bonjour zen. Adieu poster de gamins (nintendo et Safarir, kicked out), bienvenue Morrison et Lennon.

La première semaine d'août 2006 reste un des meilleurs moments de l'année. J'ai été pour la première fois au Cinéma du Parc qui annonçait sa fermeture avec une merveilleuse programmation: j'y ai vu (ou revu) entre autres Requiem for a Dream, Lost Highway, Mullholland Dr., Down in the Valley, Lost in Translation et Eraserhead. Une semaine complète de films, dans un minuscule ciné sous-terrain, je vous le jure, c'était l'euphorie! Et ça continue quelques jours plus tard, avec un signe de Dieu. J'avais commencé un recueil de textes sur les premières fois en amour, en parallèle des discussions avec une amie de Saint-Constant, Marie-Ève. Le 17 août 2006 au soir, épuisé par mon célibat éternel, je me suis promené loin, et suis tombé sur l'école Twin Oaks. Assis sur une balançoire, j'ai demandé à Dieu si mon jour allait venir, celui où je tiendrai une fille dans mes bras, avoir nos cœurs battre à la même mesure; pas par pression sociale ou quoi que ce soit, mais simplement par envie naïve. En rentrant, je me branche sur MSN et Marie me jase, m'invite à passer la journée avec elle à Montréal (à travers milles commentaires d'amour niais). J'ai sauté sur l'occasion, et remercié le ciel de m'avoir offert un présent si rapidement. J'ai donc passé la journée (18 août) avec elle, entre Berri et Mont-Royal, à la regarder tendrement, à fondre devant la robe qu'elle voulait s'offrir pour sa fête, à jubiler dans le photomaton, tous deux collés à faire des faces bidons, des bisous... à la caméra. Je retourne dans mon patelin, plein de belles images...
À la rentrée des classes, j'avais de nombreux cours à rattraper, dû aux multiples échecs. Puis, Simz avec son recueil de poésie et son Essai 1, Mélissa (une nouvelle), la soirée d'accueil (avec les téquilas chez Olivier, suivit du joint à côté du Pizzadélic qui m'a fait virer vert).

9 octobre 2006, deuxième rencontre avec Marie-Ève... Je l'attend à Berri, on va sur St-Laurent, voir des courts métrages sur l'amour au Ex-Centris, après quoi on s'assoit au square St-Louis, et on jase (avec une courte interruption d'un itinérant qui lui dit qu'elle a des beaux yeux et tout). On se rend ensuite à la station de métro... Devant les tourniquets, on reste plantés comme des piquets... Un éclair sa main dans mes cheveux ses lèvres sur les miennes les langues pénètrent la chaleur dévastatrice les yeux fermés le paradis.
Mes lunettes sont croches, ma fourche raide, la tête ailleurs, elle part, moi aussi... Au bas de l'escalier, chacun attend son train. Je me place devant elle, de l'autre côté. Elle est assise, le regard sur ses espadrilles, les yeux en larmes, et je panique, pense à traverser les tracks... Mon métro arrive, je rentre, mes yeux toujours fixés sur elle... J'ai envie de pleurer de tristesse, mais une joie embarque tout de même. Mon tout premier baiser. J'en étais si perturbé que je suis descendu de l'autobus près de 10 km avant mon arrêt...
Un autre évènement marquant: celui que j'avais laissé couler au fond de sa bouteille de vodka, à l'après-bal, Mathieu, et bien il est revenu à la vie. Je ne me souviens plus qui d'entre nous deux a fait les premiers pas, mais j'ai repris de ses nouvelles, comme quoi il allait au collège Dawson et qu'il se félicitait d'avoir quitter Brébeuf, tout comme moi. À peine quelques jours plus tard, aux nouvelles, on parlait d'un gars qui avait fait une fusillade à ce collège. J'ai paniqué, et j'ai appelé Mathieu aussitôt que j'ai pu. La chance était de son côté, ayant foxé les cours ce jour-là.
Party d'Halloween chez Olivier, Simz qui frenche sans cesse sa Sandrine (Sablerine for the win), ma première job en tant que caméraman pour le collège (bar des sciences où le frère de mon père participe)...

On finit l'année plutôt maussade avec un autre amour impossible, pour ne pas dire complètement stupide et primaire. Fred, la femme punk aux milles couleurs de cheveux, au sac spiky. Pour elle, en une soirée, j'ai écouté la presque totalité des albums de Pink Floyd, juste pour la séduire, lui montrer à quel point je m'intéressais aux mêmes choses qu'elle (PHONY! =D). Après la projection des documentaires (dont je ne fais pas partie, merci Milieu et Méthodes encore failed), j'essaie de faire des "premiers pas" vers Fred Boobarella. En la corrigeant sur une date d'album des Floyd, je la renfrogne. Ben bravo, big boy. Et tout au long de la soirée, ya René qui la spot aussi pas mal souvent... Ça finit en queue de poisson, et personne n'a gagné. Noël: je reçois ma première guitare (tiens, je pense à Dassin et ses plus belles années! Humm... Ouaiiiiiis...) et mon cadeau auto-given: un best of majestueux de Massive Attack qui tourne sans arrêt. Plus tard, dans un party de famille à Québec, je lis un post de René qui fait une sorte de déclaration à la miss. Réaction: je pète un plomb, bois plusieurs Mojito de mon cousin, et sors fumer et jaser avec mon frère pendant une marche au grand froid obscure. God que les femmes me font rusher... Le lendemain, on loue des films. Après Click d'Adam Sandler et Ice Age 2, il ne reste plus que moi, plongé dans la pénombre de minuit à regarder Last Days de Gus Van Sant. On quitte la capitale avec un clavier électronique. Je finis de lire "Les Mains Sales" de Sartre, après avoir dévoré Huis Clos (et l'imaginer mis en scène avec Fred, moi et une autre greluche).

J'essaie de faire mon choix de cours pour la session d'hiver 2007... Ah tiens. Expulsé. Recoucou, Holden.

2007:
Je fais tout de même un tour au collège, question de voir les potes, avoir des nouvelles. Fin janvier, je propose à Mélissa de venir avec moi à un concert d'Amélie Veille, puis cinq jours plus tard, c'est elle qui m'invite à faire de quoi. On va d'abord à son appartement où plusieurs colocs nous voient entrer, avant de quitter pour les cités d'or, j'ai nommé les bars de Montréal. En bref, on s'est gelés un max avant de trouver l'intime St-Ciboire, où on a jasé pendant deux bonnes heures. Après cette sortie, j'ai fini mon double recueil de poésies et de nouvelles, puis suis allé en ville avec le paternel où j'ai eu mon premier breakdown. En plein centre-ville (Peel), j'ai paniqué devant les milliers de personnes dans la rue, sous le poids de mon expulsion, ainsi que la fin de mes écrits. Quel but avais-je alors? Si je n'ai plus rien à faire, à écrire... Mélissa m'offre alors un boulot de rêve: jouer dans un film. Bon, le scénario est un peu prechi precha, mais j'aime faire partie d'un plateau, même si je dois en partager le tiers avec ma mère qui y participe aussi! Puis, je passe trop de temps à déprimer sur la guitare, alors je divague sur Facebook, nouveau réseau social un peu étrange. Je retrouve plein de gens de Brébeuf, dont Alexandra Adgeg, une blonde écossaise. Oups, non j'te connais pas, j'me suis trompé, mais tant qu'on y est, on peut jaser, ouais d'accord! Elle est copine avec une autre fille de Brébeuf qui habite pas trop loin de chez moi, alors on fait une mini rencontre improvisée en vélo dans le coin de la rue Édith, j'apprends à connaître Celtic Woman, STARS, mais surtout Imogen Heap. On s'entend bien, alors je l'invite à aller en ville, où je veux acheter des billets pour le film des Daft, 'Electroma', puis une visite au Archambault avant d'aller se taper un film magnifique, 'After the Wedding'. Pendant tout le film, je sens sa jambe sur la mienne, je n'ose pas poser ma main sur la sienne, le stress, quess qu'elle est jooolie...
En mai, je porte les premiers CV de ma vie... Résultat, on m'embauche presque aussitôt à l'épicerie du coin, à la boulangerie. En fait, le lendemain de la projection d'Electroma...
Métro, mes premiers punch in punch out, mes pains mous pas assez cuits, l'étuveuse qui coule, le four l'envie de brûler, dormir dans le frigidaire, Jeffrey les palettes noires, la commande du dimanche matin, le surplus de tout, la machination, panini sac de 4, kaiser sac de 6. Bref, tout ça roule trop vite pour moi, mais j'ai du fric! Je m'achète une petite enregistreuse numérique, écoute du Daft Punk, Chemical Brothers et Everything But The Girl derrière mon comptoir à étiqueter les sacs. Vers la fin juillet, ça commence à chier sérieusement, alors je rends mon tablier. Juste pour qu'on ne m'appelle pas le 7 août qui suit. On quitte en bons termes, je suis libre, et de l'argent dans le compte en banque. Première révolte.

Le concert ALIVE 2007, c'était toute la magie. Depuis plusieurs mois, j'écoutais le concert de Coachella '06, connaissais les moindres détours, les tweaks, j'avais réservé ma chambre d'hôtel, le même que Simz et moi avions été pour Meddley Poetry, y avais déposé tous mes disques des Daft et la revue des Inrocks... Et j'étais seul au show, seul dans ma chambre, ce soir-là, à écouter 'Blow up' d'Antonioni qui venait de mourir... Le lendemain, je suis revenu chez moi, déposer mes trucs, manger un peu, puis retour en ville, au St-Sulpice, boire à la santé de Mathieu Forget, qui n'est plus avec sa copine, Lacia, qui fête ses 18-19 ans peu importe. Avec lui sont rassemblées quelques personnes de sa job, dont une jeune femme de 26, petite mais chaude, mature. "Est-ce que tu m'embrasserais?" je lui dis. "Seulement si tu embrasse Mathieu". I didn't mind. J'étais ivre de musique électro de la veille et quelques pichets, et je voulais seulement l'embrasser, cette femme. Most majestic kiss ever. Ses doigts dans mes cheveux, la langue, les rires, le wow, putain. LE WOW. Je finis sur le sofa de Mathieu, me lève vers 8h am. Les cours recommencent bientôt. Mélissa est partie, il reste Fred et une autre. Ah tiens, c'est Lacia, l'ex à Mathieu. Parle-parle

vendredi 11 mars 2011

11 mars - Lysander ou Comment faire le meurtre parfait

C'est une petite en-tête, une mise en page qui recouvre la cage. Une visite dans l'œsophage et hop, on oublie la discipline. Lys reste un goinfre de première classe qui ne se laisse pas tenir en laisse par n'importe qui. La seule qui réussi à le faire manger, ceci dit, c'est sa femelle. Une grande brune au ton sévère et à la voix basse, le type de dame classe qui le fait baver à tout coup.
Ah cher Lysander, quand ta voix susurre les paroles de Sea, Sex and Sun, tout ton corps se balance, suave et sec. Ta charpente fredonne les élans de va et vient quand elle s'approche de ta carapace vorace de sale bouffeur de cochonneries, tandis que ton ventre plein se fait griller en plein soleil, juste après la chasse, minou style.
Et que dire de ta queue, ta si longue verge, qui a dû en faire frémir plus d'un(e)! Une queue qui peut autant faire peur qu'intriguer les plus cinglées. Une queue dure et qui pourtant s'agite à tout vent comme une hélice d'avion lorsque vient le temps de la récolte. Des rumeurs portent à croire qu'elle laisse même des marques sur celles qui la maltraite. Un pur et dur, un vrai salaud qui ne mérite pas ses attributs, évaché constamment sur le bord de l'eau.

Me surexcite ta mâchoire de bum, les griffes imposantes de drag, ta paillette verte et tes yeux perçant de chercheur de viande fraîche. Ah comme je t'envie de dévorer tes proies comme un chat en rut. Tes petits airs de rien, de je-m'en-foutisme, de nudiste temps plein qui s'en contre fout de tout, tant que les pieds touche le sable. Et quand il s'étend au bout d'un branche, jamais n'est-il aussi accessible pour les petites qui veulent y toucher. Sa longue et forte queue qui fore, qui fore, qui fore, jour et nuit, sans remord. Paraît qu'il y en a même qui s'essaie à la mettre dans leur bouche... Bande de perverses, je vous le dit.
Je rêve du jour où ta race sera irradiée sous le soleil des tropiques, tandis que les minables de mon genre, pâle et blême, enfermé jour et nuit sous les néons vert et jaune, nous serons les seuls à frôler le sol lavé de votre espèce, rapace voleur de rêve.
Écrasés sur le bord de la route. Éventrés et bouffés vifs. Voilà le moment que j'attends avec impatience.

dimanche 19 décembre 2010

19 déc - Joyce Park

"Slow this bird down" (Boards of Canada covered by Pantheon)


Mi-décembre, petit blizzard. On n'y voit rien à des kilomètres. La marche est plutôt douce, malgré les mains qui toussent. Une lune noire se posera nerveusement au dessus de nos têtes froides. Depuis des semaines que j'attends sa venue. Je veux la voir assombrir la planète Montréal. En plein milieu du parc, avec mon télescope, j'attends que vienne le moment. À 20h, les gens passent, traînent leurs chiens et enfants. Ils me regardent méchamment, les canines sorties. Un oiseau passe et se fracasse le bec contre un panneau interdit-de-stationner-de-9h-à-21h-du-lundi-au-samedi-à-l'exception-des-remorqueuses-etc. Je retourne l'œil dans la visière du télescope, mais ses petits cui-cui me déconcentrent. Mon ombre s'étend jusqu'à son petit corps qui crie, et j'aimerais qu'elle l'écrase, qu'on en finisse.

21h, mes doigts figent sur l'appareil, la glace qui pousse sous mes ongles. L'orage brumeux s'est calmé, mais la lune est toujours blanche, aucune signe de disparition. Dans ma tête, une tasse, remplie de café chaud, bien sucré. Elle hante mon corps, mon ventre. Alors je rentre. La longue vue sous mon bras, je cherche refuge dans les parages. Le centre commercial à côté a déjà fermé ses portes. Un clochard passe par là. "Pardon, où se trouverait un..." Il me fixe, la barbe sale, les yeux cernés et globuleux, et un long filet de morve verte sous le nez. Haut-le-cœur. Je ne finis même pas ma question et tente de fuir, mais il me retient par le bras. "S'te plait, donne-moé du change!" J'essaie de me déprendre... "Juste une p'tite pièce! Donne-moé du change! EILLE!" Je le frappe avec la longue vue; c'est tout ce que j'ai pour me défendre... Sur son manteau, elle s'étouffe, mais sur son visage, elle l'engouffre dans un profond sommeil. J'essuie le sang sur l'appareil blanc, et poursuit mon chemin.

21h30, mon menton figé. Un néon annonce "24h", au dessus d'une tasse dessinée.
...Je suis déjà venu ici...
Un homme s'installe au fond du resto, près d'une grosse femme qui semble endormie. Mes yeux sont embués et j'hésite à prendre place dans un lieu si désertique. La serveuse, jeune et belle et plantureuse, m'installe sur un siège de cuir non loin du comptoir. Pop fait sa bulle de gomme. Un gloss quasi naturel qui fait gonfler mon cœur. Je pose le télescope sur le banc, contre la cloison, en passant ma commande, mais elle est déjà partie. Me sentant presque seul, j'essaie de faire entendre raison à mon corps en lui disant de ne pas mourir. Je parle seul... je me chuchote à l'oreille. Mon regard se pose à nouveau sur cet homme, au fond; le cou long et filiforme, les cheveux qui semblent prêts à tomber d'un instant à l'autre, les mains crispées à l'intérieur de son impers gris, et les yeux perdus. Je me retourne pour m'observer dans la cloison en miroir, et ne me sens pas tellement différent. Il observe la serveuse, derrière le comptoir à faire éclater sa bulle, en attendant la prochaine commande. Ou serait-ce plutôt la prochaine romance. Je le regarde tandis qu'il se lève pour s'avancer à la hauteur du comptoir, et je me mets à penser: "Je la verrais bien dans un film, la p'tite garce..." Le type s'installe devant elle et, la voix chevrotante, lui demande un café. J'ajoute: "Même chose pour moi. ...Siou plait. ...merci." Les deux me fixent du regards. Les canines sorties. J'ai déjà été ici.
Dix minutes passent, pendant lesquelles la serveuse s'est allégrement ennuyée. Elle a servi l'homme au comptoir, mais semble m'avoir oublié, alors je lève timidement la main. "S'il... s'il-vous-plaît?" Le menton creusant sa paume, elle me jette un regard qui crie "QUOI?" avant de m'informer de la politique: "Si tu veux être servi, tu viens au comptoir. Moi, j'te serre pas à 'table." J'ai les yeux qui piquent et le cœur qui me gratte. J'ai envie de foutre le camp, revenir à mon petit banc au milieu du parc Joyce. J'ai mauvais sentiment, mais je me lève gentiment en faisant ma commande. Elle continue de lire sa revue. "Madame? Je peux avoir un café, moi aussi?" Oh oh, je pense que je viens de la rendre pissed off...

22h, je sors en courant en essayant d'éviter les tasses que la serveuses me lance par la tête. Merde, je suis parti si vite que j'ai oublié mon télescope à l'intérieur... Je réussi à me cacher derrière un grand sapin bien touffu. Je ne la vois plus, mais je l'entends encore gueuler: "CHU PAS UNE MADAME, AKEY?! FUCK YOU CALISSE!" J'attends qu'elle se calme, puis fini par m'approcher. La grosse dame sort du resto avec un tube blanc sous le bras... Ah la vache! Elle m'a piqué mon scope! Je cours vers elle et tente de lui arracher des mains, mais la salope, elle le tient fort entre ses deux gros seins graisseux! Une glace noire sous le pied, je glisse et me fracasse le crâne contre le sol dur. Elle en profite pour appeler la serveuse et, à deux, elles me tapent dessus avec tout leur arsenal: grosses paluches, tasses, assiettes, totons moelleux, et cap d'acier. J'ai peine à me relever, et les crachats jaunes fluorescents rendent mes mains glissantes sur les rampes. Je vois tout embué à nouveau, mais je sens une présence qui se rapproche.

Le clochard, je le reconnais à son habit puant vert et couvert de rouge tout frais. Une crow bar me défigure à nouveau. Je ne sais plus dans quel sens se trouve la terre. J'ai froid; on m'a piqué mon manteau et mon chapeau.

Je retourne chez moi, en passant par le Joyce park. Sur l'aller, je croise à nouveaux les chiens baveux. Mon sang attise leur faim et ils grignotent un peu de mon avant bras. Rendu à ce point, je ne sens plus rien. Lorsqu'ils en ont fini, je lève les yeux au ciel. Le blizzard n'est plus. La lune est noire de jais. Avoir su que l'éclipse n'était pas si belle... Bordel.





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JD
pour toi, Mel :)

samedi 3 juillet 2010

Et j'aime te savoir proche (samedi 3 juillet 2010, 23h55)

Il est bientôt minuit, et la bouteille vide traîne encore sur le comptoir. C'est ma bouteille et je ne veux pas que son chum la voit. Je sais que c'est minuscule comme détail si on compare à ce qu'on vient de faire, mais tout de même, c'est un détail qui me tape sur les nerfs... Et je la regarde, sa tête sur mes cuisses, et j'ai envie de faire rewind. Soit pour oublier, soit pour recommencer...

En remettant mon linge, l'image de son copain qui nous découvre me hante. Elle, encore sous l'effet du vin, me dit de ne pas m'en faire, qu'il est encore trop tôt pour qu'il revienne de je ne sais où. Le goût amer me revient en bouche, je ne sais plus quoi penser. En fait, je suis simplement bien l'instant d'une seconde. L'air chaud circule dans tout l'appartement. Au loin on entend des sirènes de polices et d'ambulances. Le froid reprend. Qu'ai-je fais? Je me lève d'un bond, passe au salon pour récupérer mon sac, puis à la cuisine pour prendre la bouteille et la mettre dans la poubelle. En retournant en vitesse dans la chambre, je lui dis que c'est une erreur et qu'il vaut mieux oublier. Et voilà qu'arrive le problème du transport. On est à Lachenaie et c'est elle qui m'a lifté. Je n'ai aucune idée comment revenir chez moi par mes propres moyens et il est hors de question qu'elle conduise dans cet état.

Ça sent la transpiration malsaine dans l'appartement, et je ne peux plus le supporter, alors je sors.

---Rewind

Elle, encore sous l'effet du vin, me dit de ne pas m'en faire...

-------------Rewind

On vient de passer le pont. Il n'y a aucun moyen de parler, la musique est trop forte et me remet en tête des images trop dures, des souvenirs d'une période désagréable de ma vie. Je n'en parle pas, je préfère garder une bonne ambiance. À quelques moments, on échange des mots vides à propos de l'été et de futurs projets, de voyages et d'amis. Le sujet finit par sortir de ma bouche: "Ton chum sait que t'as un projet ce soir?" Elle me dit ouvertement qu'elle lui a dit tous les détails, qu'elle ne voit pas ce que cela change et qu'elle a droit de souper avec qui elle veut. "C'est sûr qu'yé un peu jaloux, mais c'est juste parce qu'il te connais pas." Génial... Ça veut dire: "Ya pas à avoir peur d'un microbe comme toi, t'es innocent et tu n'as aucune chance anyway." Je préfère fixer mes genoux et faire un sourire faux nez. Il vaut mieux ne pas regarder ses cheveux blonds et roux...

Nous arrivons enfin dans un petit quartier résidentiel. Terminus, tout le monde descend de la voiture, et nous montons au troisième étage du bloc brun. À l'intérieur, tout est orange et jaune, avec une décoration de jeune étudiante pseudo-zen: coussins en toile, récipient à encens, etcetera. J'essaie de ne pas rire, mais la tentation est trop forte et je lui lance une vanne minable du genre: "Tu fais pas de l'insomnie avec tout ce soleil plein la tête?!" De la cuisine, au fond de l'appart, elle revient tranquillement, avec le gros sourire sur son visage, passe à côté de moi et me flanque une grosse bine sur l'épaule.

Pendant le souper, les seuls trucs qu'on trouve à dire c'est à propos des pâtes qu'on mange. Pour blaguer, je passe mon temps à dire qu'elle savourerait plus son repas si j'y mettais un peu de ma sauce maison. Le temps passe, et les discussions sur nos projets étirent à leur fin. On se dirige vers le salon pour relaxer sur un sofa moelleux plutôt que sur un chaise en bois rigide. J'ai bu un peu plus qu'elle, je crois, mais c'est elle qui sort le plus de conneries. Elle me fait des remarques sur ma charpente frêle, sur mon manque de goût en matière de nourriture et d'autres trucs qui me foutent la honte. J'essaie de changer de sujet en lui disant que j'aurais dû apporter un disque de Barry White. "Ça t'aurait fermé la gueule et on passerait aux choses plus sérieuses!" Elle fait sa tête de vexée, la bouche grande ouverte, le sourire dans les yeux. "T'es tellement vulgaire! J'en reviens pas!" Et moi d'en profiter pendant qu'elle a la bouche ouverte pour mimer de lui mettre un doigt dans la bouche. Elle tape aussitôt ma main violemment, et on commence à se taper dessus.

Mon côté garçon polisson embarque. J'en profite pour mettre mes mains rapidement aux endroits "réservés aux adultes". Elle me traite de pervers tout en continuant à rire comme une dingue. Son corps sonné par l'alcool tombe sur le côté, sur le sofa, et je fais semblant de tomber sur elle en continuant le duel, de façon plus douce. Les petites tapes sur la tête deviennent des caresses dans ses cheveux. Ses yeux croisent mon regard. J'ai le malheur de souffler dans sa direction mon haleine d'épuisement, d'ivrogne et de fumeur. Elle plisse le front, ferme les yeux et s'étouffe. Elle me repousse aussitôt et se lève en disant qu'elle doit aller à la toilette.
Cette fois, c'est la fin. Au moins, j'ai pu profiter de quelques touchés olé. Ma tête cogne et je sens venir les cris et les hurlements de ma jeune amie. Tant pis. La seule pensée qui me vient en tête en pensant à sa réaction lente, c'est: "ah la cochonne!". Et puis la conscience revient, le malaise me prend et le meilleur moyen de sortir de ma tête est d'aller dehors et fumer une cigarette.

Je remarque que le bord du filtre est rouge. Je n'arrive pas à savoir si c'est son rouge à lèvres ou le vin... L'ai-je embrassé? Mes idées se tassent et je n'arrive pas à penser clairement. Je me mets à voir des images d'une banlieue lointaine, dans mon enfance. Des kilomètres de blocs appartement avec un terrain de baseball... Mes cousins... Des montgolfières... Plus j'y pense, plus j'ai les larmes aux yeux tellement je n'y comprends rien. Ces vieux souvenirs... -----FastForward
J'ai la tête entre ses cuisses et je l'em....-------Rewind
Je sors pour fumer. La seule source de lumière sont les lampadaires. On dirait que tous les voisins sont partis. Je regarde l'heure sur mon cell. 23h30. Je regarde le ciel couvert, mais le vertige me prend et une fois de plus, je fixe mes genoux. Ma cigarette s'éteint d'elle-même. Puis, je l'entends dire: "yé passé où, lui?". Je jette mon restant de clope en bas et rentre illico, le pas un brin chancelant. "Ferme la porte" dit-elle. Je la vois sortir du salon. Elle aussi est affectée par l'alcool. Sa démarche fragile, sa main dans les cheveux, les paupières closes, accotée contre le cadre du portique. Ses christie de cheveux blonds, vaguement ébouriffés.
Je l'embrasse.
Elle se recule tout en se gardant appuie sur mon épaule. Je la prend dans mes bras, lui dis que je ne peux plus résister, et l'embrasse à nouveau. Cette fois, elle se laisse faire. Je l'embrasse derrière l'oreille pendant que je caresse son dos, en baissant légèrement vers le bas. À nouveau, elle me repousse et évoque la défense "Mon chum va arriver". T'avais qu'à pas mettre un parfum aussi divin, ma beauté. Je ne sais même pas si j'ai dit ça à voix haute... Elle gémit.
Elle m'amène à sa chambre. Leur chambre.--------------Fast Forward!!!

Il est bientôt minuit, et la bouteille vide traîne encore sur le comptoir. C'est ma bouteille et je ne veux pas que son chum la voit. Je sais que c'est minuscule comme détail si on compare à ce qu'on vient de faire, mais tout de même, c'est un détail qui me tape sur les nerfs... Et je la regarde, sa tête sur mes cuisses, et j'ai envie de faire rewind. Soit pour oublier, soit pour recommencer...
Mais ce qui me vient en tête, maintenant c'est de voir à quelle point elle est belle, sauvage et mignonne à la fois... Et je pense à tout ce que je lui ai dit, dans ma tête, depuis que je la connais. Tous les petits bonheurs que tu m'as apportés, les bons et les mauvais coups, les malheurs aussi. Les souffrances de tes absences dans ma vie. J'aime penser que ce n'est pas une erreur, ce soir, de t'avoir vue. J'aime ta peau, ton odeur, tes yeux cristallins et tes cheveux de feu.

Et j'aime te savoir proche.


Mais s'il te plaît... Laisse-moi t'oublier une bonne fois pour de bon. Brise-moi le cœur et dis-moi de ne plus jamais te revoir. Que je puisse enfin faire le deuil d'un bonheur irréaliste que je ne veux pas. Je veux être en paix avec moi-même, et finir avec moi-même.
Même si j'aime te savoir proche.
--------------------------------------------------------FastFast Forward, s'il vous plaît...

Samedi 3 juillet 2010, 23h53



samedi 15 mai 2010

100e - Julie (28 juillet 2010)


Introduction aux lecteurs:

Plutôt que de reprendre là où je nous avais laissés (Julie était sur le point de partir en voyage), j’ai pris en compte le temps qui a passé depuis. Donc, nous sommes présentement (environ) 45 semaines plus tard.

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PATCHWORK #6: Julie

Musique utilisée : album Time Out, du Dave Brubeck Quartet; Like Someone in Love, de Björk; Hot Like Fire, XX; Sea of Love, et What Would The Community Think, de Cat Power; Stumbeline, de Smashing Pumpkins; After the Rain, de John Coltrane.

"C’est décidé, je retourne aux études. Il faut que je cesse de fuir ce qui est inévitable." C’est ce que se dit Julie, le derrière bien enfoncé dans son petit matelas d’appartement miteux, à plus de dix kilomètres de la plage grise. Ce qui devait d’abord être des vacances s’est avéré en année sabbatique, loin, très loin de son quartier lugubre et ennuyeux de banlieue de la rive sud. Elle repense à son ancienne vie et constate qu’une femme de 26 ans, simple employée d’un café restaurant et encore célibataire, ce n'est décidément pas ce qu'elle souhaite. Dans cet appartement où elle se dégrade de jour en jour depuis bientôt quatre mois, après un bon moment d'adaptation, Julie décide qu'il est temps de reprendre ses études et sa vie en main.

Son billet d'avion en poche, le cœur brisé de voir son rêve d'autrefois être réduit à néant, et une légère nausée d'anxiété, elle lève le voile sur son passé pas si lointain, consciente qu'en revenant chez elle, ses histoires du quotidien banal reviendront. Par chance, la musique qu'elle écoute lui fait passer le vol plus paisiblement. En survolant l'océan, une phrase lui revient en tête: "Don't ever tell anybody anything. If you do, you start missing everybody." La mine basse, les yeux clos, les oreilles bouchées par la pression, Julie veut retrouver cette phrase. Elle fouille dans son sac et sort son exemplaire du livre en question, sachant que cette phrase clos le livre. Quelque chose de raide bloque les pages. Tout juste derrière la quatrième de couverture se trouve une photo prise dans un photomaton. C'est elle et son amour d'été d'il y a dix ans... Le temps d'observer chaque détail du cliché, Julie a complètement oublié le livre. Elle a maintenant les yeux embrouillée: "j'étais tellement heureuse, à cette époque..." pense-t-elle. Les yeux clos à nouveau, la photo sur son cœur, elle dort jusqu'à l'arrivée.

La clé dans la serrure, la porte s'ouvre dans un subtile grincement. L'appartement est vide. Seulement une note sur le comptoir dans l'entrée.

"Je suis parti au travail. Fini vers 23h.

Tes lettres sont dans ta chambre. "

Elle dépose la note et se dirige vers sa chambre. Son bagage tombe de son épaule en cours de chemin, au milieu du petit salon. Elle regarde le nouvel emplacement des sofas, mais ce qui la frappe, c'est l'obscurité qu'a la pièce, dû aux nuages. La même obscurité que dans son petit salon, de l'autre côté de l'océan. Le même appartement vide et minuscule. Troublée par la vision, elle marche à reculons jusqu'à sa chambre où elle se laisse tomber sur son lit. Sous sa tête qui bourdonne crisse le papier de plusieurs enveloppes. Elle se tourne et remarque l'amas de lettres qui l'attendait depuis son départ. Trop déprimée par la quantité et par son retour solitaire, Julie pousse les lettres au bout de son lit pour les faire tomber et enfin dormir convenablement.

Une voix masculine la tire de son sommeil. "Julie… Julie, réveille-toi, yé passé 11h. " Les yeux collés, elle tend ses bras pour trouver le visage de son colocataire. Elle sourit en tapant légèrement sur les joues de ce dernier. "Quand t’auras fini de faire la grasse matinée, tu rappelleras ta mère. Je sais pas si tu voulais qu’elle sache ton retour, mais là c’est fait. Aweille, debout! " Julie le traite de con, se retourne et tente de revenir à son rêve, mais elle finit par ouvrir les yeux après quelques secondes. Les lettres sont toujours au pied de son lit. Elle prend celle qui est à portée de sa main et regarde l’adresse du destinateur. C’est la même pour trois autres lettres à peine plus loin : l’adresse de son père. La raison de son départ. Elle s’étire pour rejoindre les autres enveloppes afin de les lire en ordre.

"14 août 2009

Chère Julie, cela fait bientôt un mois que j’ai tenté ma première prise de contact avec toi depuis la séparation. Peut-être ai-je été trop optimiste d’attendre une réponse illico. Seulement j’aurais souhaité avoir ne serait-ce qu’un mot. J’ai demandé à ta mère si tu avais bien reçu la carte postale. Elle dit que oui, mais n’ose pas plus donner de détails, ce qui est plutôt embêtant.

Je sais que tu as dû souffrir de mon absence. Je voudrais que tu saches que c'est réciproque. C'est la peur de m'installer qui m'a fait fuir. Ce n'est pas très mature de ma part, j'en suis bien conscient, mais je pense que toi aussi tu as cette pulsion de liberté. Peut-être auras-tu, toi aussi, envie de partir au loin en tentant de vivre ta vie à fond. Et c'est ce que je te souhaite.

Je te laisse sur cette note en espérant avoir de tes nouvelles bientôt. Et, s'il te plaît, si tu as été assez généreuse pour lire cette lettre, ou du moins, cette ligne, je t'en prie: ne déchire pas la lettre... Merci "

En lisant cette dernière phrase, Julie sent une vague intérieure la rebrousser. Tout ce qu'elle souhaite faire, c'est l'inverse de ce que son père lui demande. Mais cette pensée frappe au même moment que sa pulsion de curiosité. Elle se penche à nouveau et remonte avec toutes les lettres. Elle trie celle qui ne concerne que ses cartes de crédit et autres burocraties semblables. Il ne reste alors que les trois lettres de son père. Elle prend la plus pesante du groupe.

"20 septembre 2009

Je sais que tu es loin, très loin. Je ne dirai pas qui a laissé échapper l'information, mais seulement que je suis heureux de te savoir en vacances. Et je ne parle pas de vacances du travail ou d'école, mais plutôt, comment dire... de la vie. Dans ma dernière lettre, j'avais parlé de pulsion de liberté. J'ignore si, au moment de ton retour, tu auras toujours cette impression, mais ce sentiment de se laisser aller, loin du vacarme de la ville, des voisins ennuyeux et moralisateurs, et ainsi de suite...

Il faut que je te dise pourquoi je suis parti.

Lorsque j'ai connu ta mère, nous étions le parfait petit couple. Drôles, mignons, bagarreurs par moments, amoureux tout le temps. Puis, après cinq ans, nous nous sommes mariés, pour nos parents, mais aussi parce qu'on avait chacun notre idéal sur l'idée du mariage. Nul besoin de dire que nous avions deux visions différentes de la chose, mais pour ne pas blesser l'autre, on faisait comme si nos visions étaient communes. La seule chose qui nous unissait réellement, c'était le désir de t'avoir parmi nous. Avec les années, le couple drôle et mignon n'avait plus en commun que le désir d'avoir un enfant. Alors tu es née, et tu étais la chose la plus merveilleuse à être entrée dans ma vie. Ta mère ne faisait déjà plus partie de mon univers. C'était toi et toi uniquement. Je te prenais constamment dans mes bras, je te berçais, te lisais des histoires. Évidemment, elle m'a reproché à plusieurs reprises de la négliger et de trop prendre soin de toi. J'ai commencé à comploter contre elle; je voulais d'abord divorcer et partir loin avec toi. Je voulais t'empêcher de vivre avec une folle comme elle, te donner une éducation morale et élevée en action physique et mentale. Je me sentais comme un super-héros de banlieue qui sauve son enfant d'une vie à entendre sa mère parler de grossièretés et de sujets d'adultes, libertins et vulgaires. Je voulais t'éviter sa frivolité qui me faisait honte, t'éviter son attitude de "même si elle n'a que cinq ans, parlons-lui de sexe et de drogue". Et je ne voyais plus que cela en elle. Tu avais six ou sept ans quand je me suis enfin prononcé sur le sujet avec ta mère. Depuis toutes ces années, je planifiais ce moment... Nous avons parlé et parlé. Ça a duré toute la nuit.

Ta mère n'avait pas l'intention de traiter avec toi des sujets dont j'avais peur, par respect pour moi. Je comprenais alors qu'elle était plus sensible que ce que je croyais, qu'elle se débrouillerait bien. Qu'elle t'éduquerait bien, même mieux que moi, le père stressé, nerveux, anxieux, et qui ne cesse de se faire des scénarios du pire. Je n'ai pas la notion de la réalité... Alors un matin, je suis parti. Loin, très loin. Comme toi. Pas un jour ne s'est passé sans que je pense à toi, ma Julie adorée. J'ai été en Californie, en Italie, au Madagascar... Tout et partout, je cherchais le soleil des paysages neufs. Mais tout et partout, il faisait gris sans toi. Cependant, lorsqu'il me venait à l'esprit d'essayer de te revoir, je me souvenais que le plus loin j'étais de toi, le moins je pouvais te faire du mal.

Je ne te mentirai pas. J'ai connu des femmes, et souvent ce n'était que pour libérer mon esprit de tous mes tourments et mes souvenirs et me laisser mourir un peu en elle. Oublier mes soucis et faire la fête. J'ai même réussi à t'oublier et penser que c'était pour le mieux. Je suis sorti près de quatre ans avec une femme respectable. Nous devions nous marier et fondre une compagnie ensemble. Finalement, elle est partie avec un type plus riche que moi... Je ne me plains pas, j'ai eu ce que je méritais.

Ce que j'essaie de t'expliquer c'est que je ne cherche ni la pitié, ni l'amour éternel ou quoique ce soit de très intense. Tout ce que je souhaite pour l'instant, c'est de te revoir. Pour savoir que tu as réussi à devenir la femme épanouie que je voyais dans mes rêves, il y a plus de quinze, vingt ans...

Je sais que tu es partie et donc, je n'attends pas de réponse immédiate. Seulement, lorsque tu seras revenue, j'aimerais que tu me laisses un signe de vie quelconque. Merci de m'avoir lu.

Jacques"

Le cœur lourd, la tête qui tourbillonne, Julie remet la longue lettre manuscrite dans son enveloppe en regardant les autres. Je les lirai plus tard, se dit-elle. La première chose qui lui vient à l'esprit, c'est d'appeler sa copine. Elle pousse son bagage toujours rempli pour passer par la porte, aller dans la cuisine et prendre le téléphone. Le combiné dans la main, le regard dans le vide, elle est prise d'un malaise, s'accote contre le comptoir, dépose le téléphone et met sa main libre sur son front. Elle se sert un verre d'eau à l'aveuglette et le boit d'un coup. Cette fois, elle ne sait plus quoi penser, à propos de son père. Le souvenir revient du vieux monsieur qui lui a parlé, dans un café avant son départ. Et si c'était vraiment lui, son père? Non, impossible. Il aurait écrit à propos de leur rencontre. Son malaise surmonté, elle reprend le combiné et compose le numéro de Catherine.

-Cath? C'est Julie. Écoute, je te parlerai pas longtemps; j'veux juste savoir si t'es disponible pour prendre un café.

-Hey! Ça fait longtemps! Tu viens de rev'nir?

-Alors, t'es dispo?

-Euh, oui oui... Qu'est-ce qu'y a? T'as l'air toute énervée...

-Vers 14h, j'vais être sur Maisonneuve. Tu me rejoindras au bistro. Chow.

Julie a ses lunettes fumées sur les yeux et boit son café rapidement. Catherine la surveille, soucieuse. Mis à part les mots d'accueil au début de leur retrouvaille, les deux n'ont pratiquement rien dit depuis dix minutes.

-C'est quand même pas ton coloc qui t'a tappé dessus? demande Catherine.

-Hein? Mais de quoi tu parles? Julie réplique automatiquement.

-...T'as des lunettes fumées, tu parles peu, tu bouges frénétiquement... Ya définitivement quelque chose de pas correct qui s'est passé.

-Oh je t'avais dit que j'avais un grand appart, en République? Ben grand... Faut dire que le fait qu'il soit vide donnait l'impression d'espace, ha ha.

-Je pensais que t'étais parti en Espagne...

Julie s'arrête de boire un instant, se reprend, et finit sa tasse. Catherine la fixe, mais tente d'oublier et de poser les questions qui la rongent.

-As-tu connu des gars? T'as dû faire le party, aller à la plage, la bouffe exotique... Dis-moi pas que t'es enceinte!

-Cath! Ta yeule, deux secondes, j'essaie de réfléchir... Non j'suis pas enceinte, voyons. T'es niaiseuse.

-Ben là, tu fais la gueule depuis tantôt, ça pourrait être n'importe quoi. J'essaie de te soutirer des informations, tu vois bien. Aweille... come on... Aweille!

-Ok c'est beau! Panique pas. C'est la lettre de mon père que j'ai lue... Quand j'suis partie, c'était pas pour le fuir lui, mais disons qu'y faisait partie du portrait. J'en avais marre de ma job pis du vacarme de la ville... des voisins ennuyeux et moralisateurs.

Elle se rappelle les mots de son père et s'arrête, incapable d'en dire davantage sur le coup. Ne sachant plus quoi faire, elle retire ses lunettes et se couvre les yeux avec ses mains. Catherine la regarde, confuse, puis tend ses mains et prend celles de son amie. "S'il y a quelque chose qui s'est passé, il faut que tu me le dise."

-Au début, j'angoissais, c'est sûr, mais la première semaine, le premier mois, c'était vraiment, vraiment bien. Oui, j'ai vu des beaux gars pis faite le party... Mais après, j'ai comme senti un vide. Sur le coup, j'ai mis ça sur le mal du pays, mes amies qui me manquaient. Ça fait que j'ai encore plus fêté, et bu... sans le plaisir de fêter ou de boire. Honnêtement, ya une grande partie dont j'me souviens pas très bien. Peut-être que j'me suis fait baisée, j'pourrais même pas te le dire. J'avais pu de vie. J'me suis installé dans l'appart d'un gars trop pété à la journée longue. Le proprio l'a foutu dehors pendant que j'étais sorti je sais pu trop où. J'ai gardé la clé, pis l'appart. Sans que l'autre le sache... Et là, toutes mes journées, j'les passais écrasée sur le sofa, à rien foutre. Pis c'est là que j'ai pensé que tout le poids que j'avais ici était pas parti pantoute.

Elle fait une longue pause, les yeux dans le vide. Catherine regarde sa copine, puis la table, et attend un signe pour parler. Julie soupire.

-Tu veux faire quoi? demande Catherine.

-J'va demander une bourse... Peut-être entrer en commerce, pis...

-Non j'veux dire, là, maintenant. Tu veux qu'on marche?

-...Ouais, ok...

Les filles font tout Maisonneuve pour se retrouver à la Place-des-Arts, où elles s'assoient dans les marches de la place publique. Julie finit par avouer qu'elle ne veut plus parler d'elle, pour l'instant, que ses problèmes peuvent attendre à plus tard.

-T'es encore avec Marc, ou...?

-Oublies ça, ok? Ce gars-là a jamais rien fait pour moi, pis anyway on fittait pas ensemble.

-Oh... désolée. Mais tu lui parle encore? Yétait quand même fin...

-Fin comme dans fini, ouais. Non, mais ouais, j'lui parle, à l'occasion. Faut dire que sa mère est constamment sur son dos aussi, ça aide pas à son caractère de cochon. Là yé rendu qu'il veut faire une exposition...

-De ...? Julie commence à perdre le fil de la conversation

-Ses dessins. Ya du talent, mais bon, il s'en vante un peu trop.

-...t'as raison, y vente pas mal... On rentre?

-Julie, t'es sûre que ça va?

-J'vais rentrer, okay. Merci d'avoir été là. Salut.

Catherine la retient, la prend dans ses bras, l'embrasse sur la joue, et libère enfin son amie qui part d'un pas monotone.


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JD

Mercredi 28 juillet 2010, 16h49