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mercredi 27 octobre 2010

Ailleurs

(il faut cliquer-droit ici, ouvrir dans une autre fenêtre. Écoutez, tout en lisant.)


...j'irai.
... se trouve le secret du bonheur.
Ici il n'y a rien qui ne me satisfait.
Il me faut aller...

Prendre les grandes routes, partir pour des heures et des jours.
Ne pas regarder derrière nous. Ne pas penser que de là-bas, mon chez moi sera...
Mes pas dans le sable, le vent qui se rafraichi, le soleil couchant, les nuages se superposant.
J'irai... pour ne pas penser à ici, oublier les années qui m'ont vu grandir.

Prendre les sentiers vagues, partir pour des semaines et des mois.
Rêver aux anges qui bercent le paysage. Toucher à une guitare et espérer d'être déjà...
Mes mains plongeant dans une bassine et nettoyant mon visage, purifiant mon esprit.
D'ici peu, je serai... pour n'attendre qu'un signe divin, qui me dirait: "Mon fils, tu es rendu bien loin. Va retrouver les tiens."

Courir en furie dans les plus grands canyons, partir pour des années et des décennies.
Toucher le ciel, connaître toutes les constellations. Ne plus penser à personne.
Et lorsque je serai... je continuerai ma route, toujours en marchant, en m'épuisant.
Jusqu'à ce que j'atteigne la cime des cieux, une étoile au creux de ma main, je continuerai.
J'anticiperai l'... et je regarderai droit devant. Je marcherai droit devant. Je volerai droit devant.
Jusqu'à ce qu'un voix me dise: "Mon fils, tu es perdu. Va vite retrouver les tiens."

Et lors de mon dernier souffle, après des jours, des semaines, des mois, des années, et des décennies,
Certain de ne jamais avoir regarder derrière moi, de n'avoir jamais cesser de croire en l'...
Je serai en paix avec mon âme, je ferai désormais parti des cieux.
À ce moment précis, un voix me dira: "Mon fils, tu reviens enfin chez nous. Tu peux enfin prendre repos. Plus jamais tu n'ira..."

Les yeux fermés, l'air chaud du désert me caressant le visage, un sourire à l'esprit.
Je serai parti...


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C'est ça que ça donne d'écouter "Silver Stallion" de Cat power 10 fois en ligne.
JD


samedi 15 mai 2010

100e - Julie (28 juillet 2010)


Introduction aux lecteurs:

Plutôt que de reprendre là où je nous avais laissés (Julie était sur le point de partir en voyage), j’ai pris en compte le temps qui a passé depuis. Donc, nous sommes présentement (environ) 45 semaines plus tard.

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PATCHWORK #6: Julie

Musique utilisée : album Time Out, du Dave Brubeck Quartet; Like Someone in Love, de Björk; Hot Like Fire, XX; Sea of Love, et What Would The Community Think, de Cat Power; Stumbeline, de Smashing Pumpkins; After the Rain, de John Coltrane.

"C’est décidé, je retourne aux études. Il faut que je cesse de fuir ce qui est inévitable." C’est ce que se dit Julie, le derrière bien enfoncé dans son petit matelas d’appartement miteux, à plus de dix kilomètres de la plage grise. Ce qui devait d’abord être des vacances s’est avéré en année sabbatique, loin, très loin de son quartier lugubre et ennuyeux de banlieue de la rive sud. Elle repense à son ancienne vie et constate qu’une femme de 26 ans, simple employée d’un café restaurant et encore célibataire, ce n'est décidément pas ce qu'elle souhaite. Dans cet appartement où elle se dégrade de jour en jour depuis bientôt quatre mois, après un bon moment d'adaptation, Julie décide qu'il est temps de reprendre ses études et sa vie en main.

Son billet d'avion en poche, le cœur brisé de voir son rêve d'autrefois être réduit à néant, et une légère nausée d'anxiété, elle lève le voile sur son passé pas si lointain, consciente qu'en revenant chez elle, ses histoires du quotidien banal reviendront. Par chance, la musique qu'elle écoute lui fait passer le vol plus paisiblement. En survolant l'océan, une phrase lui revient en tête: "Don't ever tell anybody anything. If you do, you start missing everybody." La mine basse, les yeux clos, les oreilles bouchées par la pression, Julie veut retrouver cette phrase. Elle fouille dans son sac et sort son exemplaire du livre en question, sachant que cette phrase clos le livre. Quelque chose de raide bloque les pages. Tout juste derrière la quatrième de couverture se trouve une photo prise dans un photomaton. C'est elle et son amour d'été d'il y a dix ans... Le temps d'observer chaque détail du cliché, Julie a complètement oublié le livre. Elle a maintenant les yeux embrouillée: "j'étais tellement heureuse, à cette époque..." pense-t-elle. Les yeux clos à nouveau, la photo sur son cœur, elle dort jusqu'à l'arrivée.

La clé dans la serrure, la porte s'ouvre dans un subtile grincement. L'appartement est vide. Seulement une note sur le comptoir dans l'entrée.

"Je suis parti au travail. Fini vers 23h.

Tes lettres sont dans ta chambre. "

Elle dépose la note et se dirige vers sa chambre. Son bagage tombe de son épaule en cours de chemin, au milieu du petit salon. Elle regarde le nouvel emplacement des sofas, mais ce qui la frappe, c'est l'obscurité qu'a la pièce, dû aux nuages. La même obscurité que dans son petit salon, de l'autre côté de l'océan. Le même appartement vide et minuscule. Troublée par la vision, elle marche à reculons jusqu'à sa chambre où elle se laisse tomber sur son lit. Sous sa tête qui bourdonne crisse le papier de plusieurs enveloppes. Elle se tourne et remarque l'amas de lettres qui l'attendait depuis son départ. Trop déprimée par la quantité et par son retour solitaire, Julie pousse les lettres au bout de son lit pour les faire tomber et enfin dormir convenablement.

Une voix masculine la tire de son sommeil. "Julie… Julie, réveille-toi, yé passé 11h. " Les yeux collés, elle tend ses bras pour trouver le visage de son colocataire. Elle sourit en tapant légèrement sur les joues de ce dernier. "Quand t’auras fini de faire la grasse matinée, tu rappelleras ta mère. Je sais pas si tu voulais qu’elle sache ton retour, mais là c’est fait. Aweille, debout! " Julie le traite de con, se retourne et tente de revenir à son rêve, mais elle finit par ouvrir les yeux après quelques secondes. Les lettres sont toujours au pied de son lit. Elle prend celle qui est à portée de sa main et regarde l’adresse du destinateur. C’est la même pour trois autres lettres à peine plus loin : l’adresse de son père. La raison de son départ. Elle s’étire pour rejoindre les autres enveloppes afin de les lire en ordre.

"14 août 2009

Chère Julie, cela fait bientôt un mois que j’ai tenté ma première prise de contact avec toi depuis la séparation. Peut-être ai-je été trop optimiste d’attendre une réponse illico. Seulement j’aurais souhaité avoir ne serait-ce qu’un mot. J’ai demandé à ta mère si tu avais bien reçu la carte postale. Elle dit que oui, mais n’ose pas plus donner de détails, ce qui est plutôt embêtant.

Je sais que tu as dû souffrir de mon absence. Je voudrais que tu saches que c'est réciproque. C'est la peur de m'installer qui m'a fait fuir. Ce n'est pas très mature de ma part, j'en suis bien conscient, mais je pense que toi aussi tu as cette pulsion de liberté. Peut-être auras-tu, toi aussi, envie de partir au loin en tentant de vivre ta vie à fond. Et c'est ce que je te souhaite.

Je te laisse sur cette note en espérant avoir de tes nouvelles bientôt. Et, s'il te plaît, si tu as été assez généreuse pour lire cette lettre, ou du moins, cette ligne, je t'en prie: ne déchire pas la lettre... Merci "

En lisant cette dernière phrase, Julie sent une vague intérieure la rebrousser. Tout ce qu'elle souhaite faire, c'est l'inverse de ce que son père lui demande. Mais cette pensée frappe au même moment que sa pulsion de curiosité. Elle se penche à nouveau et remonte avec toutes les lettres. Elle trie celle qui ne concerne que ses cartes de crédit et autres burocraties semblables. Il ne reste alors que les trois lettres de son père. Elle prend la plus pesante du groupe.

"20 septembre 2009

Je sais que tu es loin, très loin. Je ne dirai pas qui a laissé échapper l'information, mais seulement que je suis heureux de te savoir en vacances. Et je ne parle pas de vacances du travail ou d'école, mais plutôt, comment dire... de la vie. Dans ma dernière lettre, j'avais parlé de pulsion de liberté. J'ignore si, au moment de ton retour, tu auras toujours cette impression, mais ce sentiment de se laisser aller, loin du vacarme de la ville, des voisins ennuyeux et moralisateurs, et ainsi de suite...

Il faut que je te dise pourquoi je suis parti.

Lorsque j'ai connu ta mère, nous étions le parfait petit couple. Drôles, mignons, bagarreurs par moments, amoureux tout le temps. Puis, après cinq ans, nous nous sommes mariés, pour nos parents, mais aussi parce qu'on avait chacun notre idéal sur l'idée du mariage. Nul besoin de dire que nous avions deux visions différentes de la chose, mais pour ne pas blesser l'autre, on faisait comme si nos visions étaient communes. La seule chose qui nous unissait réellement, c'était le désir de t'avoir parmi nous. Avec les années, le couple drôle et mignon n'avait plus en commun que le désir d'avoir un enfant. Alors tu es née, et tu étais la chose la plus merveilleuse à être entrée dans ma vie. Ta mère ne faisait déjà plus partie de mon univers. C'était toi et toi uniquement. Je te prenais constamment dans mes bras, je te berçais, te lisais des histoires. Évidemment, elle m'a reproché à plusieurs reprises de la négliger et de trop prendre soin de toi. J'ai commencé à comploter contre elle; je voulais d'abord divorcer et partir loin avec toi. Je voulais t'empêcher de vivre avec une folle comme elle, te donner une éducation morale et élevée en action physique et mentale. Je me sentais comme un super-héros de banlieue qui sauve son enfant d'une vie à entendre sa mère parler de grossièretés et de sujets d'adultes, libertins et vulgaires. Je voulais t'éviter sa frivolité qui me faisait honte, t'éviter son attitude de "même si elle n'a que cinq ans, parlons-lui de sexe et de drogue". Et je ne voyais plus que cela en elle. Tu avais six ou sept ans quand je me suis enfin prononcé sur le sujet avec ta mère. Depuis toutes ces années, je planifiais ce moment... Nous avons parlé et parlé. Ça a duré toute la nuit.

Ta mère n'avait pas l'intention de traiter avec toi des sujets dont j'avais peur, par respect pour moi. Je comprenais alors qu'elle était plus sensible que ce que je croyais, qu'elle se débrouillerait bien. Qu'elle t'éduquerait bien, même mieux que moi, le père stressé, nerveux, anxieux, et qui ne cesse de se faire des scénarios du pire. Je n'ai pas la notion de la réalité... Alors un matin, je suis parti. Loin, très loin. Comme toi. Pas un jour ne s'est passé sans que je pense à toi, ma Julie adorée. J'ai été en Californie, en Italie, au Madagascar... Tout et partout, je cherchais le soleil des paysages neufs. Mais tout et partout, il faisait gris sans toi. Cependant, lorsqu'il me venait à l'esprit d'essayer de te revoir, je me souvenais que le plus loin j'étais de toi, le moins je pouvais te faire du mal.

Je ne te mentirai pas. J'ai connu des femmes, et souvent ce n'était que pour libérer mon esprit de tous mes tourments et mes souvenirs et me laisser mourir un peu en elle. Oublier mes soucis et faire la fête. J'ai même réussi à t'oublier et penser que c'était pour le mieux. Je suis sorti près de quatre ans avec une femme respectable. Nous devions nous marier et fondre une compagnie ensemble. Finalement, elle est partie avec un type plus riche que moi... Je ne me plains pas, j'ai eu ce que je méritais.

Ce que j'essaie de t'expliquer c'est que je ne cherche ni la pitié, ni l'amour éternel ou quoique ce soit de très intense. Tout ce que je souhaite pour l'instant, c'est de te revoir. Pour savoir que tu as réussi à devenir la femme épanouie que je voyais dans mes rêves, il y a plus de quinze, vingt ans...

Je sais que tu es partie et donc, je n'attends pas de réponse immédiate. Seulement, lorsque tu seras revenue, j'aimerais que tu me laisses un signe de vie quelconque. Merci de m'avoir lu.

Jacques"

Le cœur lourd, la tête qui tourbillonne, Julie remet la longue lettre manuscrite dans son enveloppe en regardant les autres. Je les lirai plus tard, se dit-elle. La première chose qui lui vient à l'esprit, c'est d'appeler sa copine. Elle pousse son bagage toujours rempli pour passer par la porte, aller dans la cuisine et prendre le téléphone. Le combiné dans la main, le regard dans le vide, elle est prise d'un malaise, s'accote contre le comptoir, dépose le téléphone et met sa main libre sur son front. Elle se sert un verre d'eau à l'aveuglette et le boit d'un coup. Cette fois, elle ne sait plus quoi penser, à propos de son père. Le souvenir revient du vieux monsieur qui lui a parlé, dans un café avant son départ. Et si c'était vraiment lui, son père? Non, impossible. Il aurait écrit à propos de leur rencontre. Son malaise surmonté, elle reprend le combiné et compose le numéro de Catherine.

-Cath? C'est Julie. Écoute, je te parlerai pas longtemps; j'veux juste savoir si t'es disponible pour prendre un café.

-Hey! Ça fait longtemps! Tu viens de rev'nir?

-Alors, t'es dispo?

-Euh, oui oui... Qu'est-ce qu'y a? T'as l'air toute énervée...

-Vers 14h, j'vais être sur Maisonneuve. Tu me rejoindras au bistro. Chow.

Julie a ses lunettes fumées sur les yeux et boit son café rapidement. Catherine la surveille, soucieuse. Mis à part les mots d'accueil au début de leur retrouvaille, les deux n'ont pratiquement rien dit depuis dix minutes.

-C'est quand même pas ton coloc qui t'a tappé dessus? demande Catherine.

-Hein? Mais de quoi tu parles? Julie réplique automatiquement.

-...T'as des lunettes fumées, tu parles peu, tu bouges frénétiquement... Ya définitivement quelque chose de pas correct qui s'est passé.

-Oh je t'avais dit que j'avais un grand appart, en République? Ben grand... Faut dire que le fait qu'il soit vide donnait l'impression d'espace, ha ha.

-Je pensais que t'étais parti en Espagne...

Julie s'arrête de boire un instant, se reprend, et finit sa tasse. Catherine la fixe, mais tente d'oublier et de poser les questions qui la rongent.

-As-tu connu des gars? T'as dû faire le party, aller à la plage, la bouffe exotique... Dis-moi pas que t'es enceinte!

-Cath! Ta yeule, deux secondes, j'essaie de réfléchir... Non j'suis pas enceinte, voyons. T'es niaiseuse.

-Ben là, tu fais la gueule depuis tantôt, ça pourrait être n'importe quoi. J'essaie de te soutirer des informations, tu vois bien. Aweille... come on... Aweille!

-Ok c'est beau! Panique pas. C'est la lettre de mon père que j'ai lue... Quand j'suis partie, c'était pas pour le fuir lui, mais disons qu'y faisait partie du portrait. J'en avais marre de ma job pis du vacarme de la ville... des voisins ennuyeux et moralisateurs.

Elle se rappelle les mots de son père et s'arrête, incapable d'en dire davantage sur le coup. Ne sachant plus quoi faire, elle retire ses lunettes et se couvre les yeux avec ses mains. Catherine la regarde, confuse, puis tend ses mains et prend celles de son amie. "S'il y a quelque chose qui s'est passé, il faut que tu me le dise."

-Au début, j'angoissais, c'est sûr, mais la première semaine, le premier mois, c'était vraiment, vraiment bien. Oui, j'ai vu des beaux gars pis faite le party... Mais après, j'ai comme senti un vide. Sur le coup, j'ai mis ça sur le mal du pays, mes amies qui me manquaient. Ça fait que j'ai encore plus fêté, et bu... sans le plaisir de fêter ou de boire. Honnêtement, ya une grande partie dont j'me souviens pas très bien. Peut-être que j'me suis fait baisée, j'pourrais même pas te le dire. J'avais pu de vie. J'me suis installé dans l'appart d'un gars trop pété à la journée longue. Le proprio l'a foutu dehors pendant que j'étais sorti je sais pu trop où. J'ai gardé la clé, pis l'appart. Sans que l'autre le sache... Et là, toutes mes journées, j'les passais écrasée sur le sofa, à rien foutre. Pis c'est là que j'ai pensé que tout le poids que j'avais ici était pas parti pantoute.

Elle fait une longue pause, les yeux dans le vide. Catherine regarde sa copine, puis la table, et attend un signe pour parler. Julie soupire.

-Tu veux faire quoi? demande Catherine.

-J'va demander une bourse... Peut-être entrer en commerce, pis...

-Non j'veux dire, là, maintenant. Tu veux qu'on marche?

-...Ouais, ok...

Les filles font tout Maisonneuve pour se retrouver à la Place-des-Arts, où elles s'assoient dans les marches de la place publique. Julie finit par avouer qu'elle ne veut plus parler d'elle, pour l'instant, que ses problèmes peuvent attendre à plus tard.

-T'es encore avec Marc, ou...?

-Oublies ça, ok? Ce gars-là a jamais rien fait pour moi, pis anyway on fittait pas ensemble.

-Oh... désolée. Mais tu lui parle encore? Yétait quand même fin...

-Fin comme dans fini, ouais. Non, mais ouais, j'lui parle, à l'occasion. Faut dire que sa mère est constamment sur son dos aussi, ça aide pas à son caractère de cochon. Là yé rendu qu'il veut faire une exposition...

-De ...? Julie commence à perdre le fil de la conversation

-Ses dessins. Ya du talent, mais bon, il s'en vante un peu trop.

-...t'as raison, y vente pas mal... On rentre?

-Julie, t'es sûre que ça va?

-J'vais rentrer, okay. Merci d'avoir été là. Salut.

Catherine la retient, la prend dans ses bras, l'embrasse sur la joue, et libère enfin son amie qui part d'un pas monotone.


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JD

Mercredi 28 juillet 2010, 16h49

mercredi 10 février 2010

DFJNKPRDCTN prsnt NAUvsMTL

La nuit, tout ce qui flashe, c'est l'écran de l'ordi et le disque externe. Mes yeux sont vitreux, et je n'ai rien d'autre à faire que de loader mille et un fichier. La baie des pirates. Jour et nuit je vogue, en dérive permanante sur mon radeau... Je ne sais plus vraiment si tout ça est bien réel, ou si c'est ma Second Life qui prend le dessus, si c'est l'été ou l'hiver... J'ai bu une choppe de café bien tassé dans le corps il y a bientot 10 ou 11 heures... Et l'effet est toujours présent. Après le boulot, je suis tout de même brûlé, mais certains effets ne trompent pas: lorsque mes paupières se font lourdes, des flashs inquiétant me foutent la trouille. C'était comme voir une centaines de trains vous foncer dessus à la vitesse de la lumière, pendant une fraction de seconde. Le moindre clignement d'oeil m'est fatal.

Il faut que je disparaisse de la circulation. Mais comment? Avec l'argent qui rentre, et tout, et tout... D'abord prendre l'air. Un tour à vélo me suffit pour relaxer et profiter des panoramas de maisons de friqués de Sainte-Rose. Avec leurs cabanes, on se croirait dans American Beauty. Avec un peu de musique latine, on dirait que l'image plate à mort passe mieux. Et le soleil beaucoup trop hollywoodien qui rend l'image encore plus difficile à avaler... Non, vraiment, c'est pas ici que j'vais trouver la vérité.

Des fois je prends la voiture du paternel, quand il a pas de cours. J'en profite pour aller à Montréal, les petites comme les grandes artères, et je regarde l'horizon. C'est comme les peintres impressionistes: des fois, c'est le soleil matinal parfait, d'autre fois, les nuages rendent la terre grise et morne. Mais je suis encore trop près de chez moi. À tout moment je pourrais décider de revenir comme un chien à sa tanière... Pour vraiment foutre le camp, il faut que je mette tout mon entourage contre moi, et fuir leur réaction avant qu'ils ne me tuent.

Primo, mes amis et mon ex. Puis, ce sera la famille. Étape par étape, je me détache des gens qui me sont proches. Du plus facile au plus difficile. Mes amis, de toute façon, je ne les vois jamais; ils ont tous des horaires de fous, ne viennent à l'école que quand ça leur tente, et aucun moyen de les rejoindre par internet ou téléphone... Pour mon ex, j'ai tout de même besoin de leur aide... C'est loin et j'veux pas me rendre là tout seul. C'est qu'elle est mignonne, la p'tite maudite, et j'veux des vrais chums pour me ramener à l'ordre si je tombe pour elle à nouveau.
Une chance, la vipère a commis l'infidélité et mon regard s'est changé face à elle. Je t'ai sur cassette, ma chère. Je vais me repasser en boucle cet affreux aveux, et je pourrai enfin partir loin en me disant que c'est mieux ainsi.
Et pour ce qui est de la famille... J'aurais voulu dire au revoir à mon père, mais il a été plus vite que moi. Étendu là, paisiblement, il ne bouge pas. Il ne bougera plus. Depuis son mariage et ses deux enfants, il ne bouge plus. Il est mort. Je dois faire mon deuil de ce père que je n'ai jamais vu en vie. Je prend le temps d'esquisser son visage dans mon esprit, et enfin, le cœur léger, je pars.

Dans l'autobus qui mène à Québec, je pense aux libellules. Peut-être est-ce encore l'insomnie qui me fait délirer, mais j'en vient à penser à une libellule dont les ailes en mouvement reproduiraient exactement le même son que les vibrations des cordes d'une guitare électrique soft. En bref, j'écoute "Voyager" et je pense aux libellules... et, oh, combien j'aimerais leur ressembler.

À Québec, l'hiver est arrivé. Mais j'ai des amis insomniaques comme moi, tous aussi frustrés. L'hôtel fourmille de personnes complètement cinglées. Je me sens un peu plus safe auprès de mes semblables. Enfin... moi, je les aime bien, mais eux ne semblent pas m'apprécier... Quand je les regarde et les écoute, ils figent, ou se cachent derrière la porte dans l'espoir que je les laisse seuls. C'est donc le temps pour moi de trouver ce qui cloche chez moi. Pourquoi je n'arrive pas à dormir, pourquoi je n'arrive pas à aimer les gens qui m'entourent, pourquoi je peux être aussi insensible et être un vrai monstre à tout bout de champ. Est-ce les nombreuses défaites qui me rendent si cynique? Ou le manque d'intérêt pour tout ce que j'entreprends? Je suis toujours décalé. Je ne sais pas vivre...

Et puis, fuck. J'ai pas envie de changer. Pas ici. Entouré de dingos, de psychopathes et de mélodramatiques, j'arriverai pas à penser clairement. Il me faudrait partir là où il fait beau et encore chaud. J'ai besoin d'une étendue d'eau pour me ressourcer.

De Québec, j'achète un ticket pour Ottawa. Parait que là-bas, c'est l'été à l'année longue. Le temps n'a définitivement plus aucun sens. Je suis parti en été, non en hiver, et à peine deux semaines plus tard c'est l'été. Définitivement, je ne sais plus si je suis dans le présent ou le passé. Je pars de Québec pour arriver à Montréal. Rendu là, c'est un vieux pote qui me lifte à la station, en direction d'Ottawa. Ou, est-ce pour rendre visite à mon ex et filmer sa déclaration? Tout est si confus, dans ma tête... Lorsque je me réveille, je suis dans un autobus écolier et je suis entouré de plusieurs jeunes de mon âge. J'ai quelques flashs de mon séjour, mais rien ne reste bien longtemps. Décidément, même si j'ai enfin réussi à prendre mon sommeil en patience, ça n'a rien réglé. Un instant il est midi trente, et la seconde d'après il est 11h et quart. Puis c'est le soir. Rien ne fonctionne.

Peut-être que si je côtoies des fourmis, je réussirai à m'imprégner de leur conformisme abrutissant. Avec leurs immenses buildings qui me fascinent toujours, je trouverai peut-être enfin la réponse à ma maladie. Je devrais revenir à Montréal.
Et si je rencontrais une fille, et que j'en tombe amoureux? Serait-elle une fourmi? Ou un bohème-bourgeoise? Lui faire l'amour me rendrait-il plus normal que la normale? Redeviendrai-je l'auteur que j'étais autrefois, ou perdrai-je encore le goût de la plume suite à nos débats amoureux les plus silencieux?
Peut-être finirai-je tout simplement seul, mais amoureux de cette ville qui m'intrigue tant. Je rirai des palmiers que j'enviais tant, et je pleurerai en pensant à mes amis cinglés de Québec qui me manqueront quand même...


Et à mon réveil, j'aurai plein de panoramiques et de souvenirs à montrer à mes proches, ceux que je me ferai en rentrant de voyage. Mes vieux amis m'auront oublié et renié. Et ce sera tant mieux pour eux. Mes sautes d'humeurs leur seront épargnées et ils pourront enfin reposer en paix avec leurs amours et leurs peines.


samedi 9 mai 2009

Wreck (Samedi 24 janvier 2009)

Tout d'abord, je tiens à décerner un kudo platine aux Rabot et Vomis de ce monde pour le petit joyau de party pour Phelley. Montage savoureux. Musique sympatique. "Tu bounce to what i say" défini bien ce vidéo sur vimeo.

Bon. Qu'ai-je à dire sinon que les détours. Passer des heures à pitonner sur un clavier, à faire clic et utiliser un mic avec certaines personnes, question d'être plus " "live" " avec des personnes à des milles à la ronde. La question qui me vient souvent: "Should i go or should i stay". Devrais-je partir ou bien rester? Connecté sur msn? Sur le chateau impossible? Sur internet? Chez moi? Toujours. La plupart du temps scotché à une machine... Alors je suis sorti, j'ai senti le vent et le soleil printanier, "J'ai voyagé à travers tant..." de neige boueuse pour atteindre un Values Village où ma copine essayait tous les chapeaux possibles pendant que je fouinait dans le rack à k7, à travers les Aguilera/Jacynthe/Back Street/Louvain/etc de ce monde. Vinyls 45 tours de personnes artistiquement défuntes. Un couple se rejoind au bac, commente toutes leurs trouvailles. "Suckers. Mangeux d'marde, me disais-je" Je l'ai vu avant vous. Pas grave, c'est drôle de vous entendre. J'me sens moins seul dans mon côté kitch.
Finalement, n'ai rien trouvé. Elle par contre est sorti avec: un chapeau, un disque de Bélanger et une breloque au poignet. En sortant, "nuages bas, le temps est gris": en sortant ma tuque, ma montre tombe de ma poche, sans me le dire. Rendu à l'arrêt, je m'en rend compte, reviens sur mes pas, la retrouve à 1 pied d'une roue de char qui aurrait pu l'écraser une seconde fois. Face bête, retour désagréable. Musique plate à mort en tête.
Un jour je l'aurai, ma belle journée de printemps, dans les disquaires, dans les trouvailles les plus extras, dans les dépenses folles. Dans les voyages. "I wanna go west, i want to go north,... i want to get high."

Merci au Deadwolf, pour sa musique rare.
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Deaf 'Funky' Junkie

LÉGND-R (samedi 17 janvier 2009)

Bon ça va sonner botche, mais j'ai rien d'autre en tête. La construction, c'était mon fort ya bien longtemps de ça...

J'entends Philz parler de son voyage, et crisse... Quand j'y pense, ya tellement d'endroits que je voudrais visiter, peut-être graver sur bande magnétique, mais enfin à quoi bon. Une bonne expérience à vivre n'est peut-être pas une bonne expérience à filmer et à regarder. L'Afrique... Je pense toujours à la même personne en évocant ce pays: Rimbaud... À 20 ans, après avoir complètement abandonné la poésie, il a quitté son pays pour une jungle sans pitié où il vécu et mourrut.

Non jme compare pas. J'y pense, c'est tout. Aller au Togo, le Bengale, l'Algérie, le Sénégal... Whatever, dans l'fond c'est peut-être mieux de juste pas à y penser. Tout l'monde s'éloigne toujours, moi j'reste pogné ici... faut croire que ça m'plaît.

Ya d'la musique dans ma tête, j'aimerais en jouer. Alors je prends ma guitare, j'la fais résonner pendant 3-4 minutes, le temps de jouer tout mon répertoire de façon pitchée et de m'écoeurer. Alors, j'allume la télé. Le soir, ça fait d'la lumière sur mes murs.
Pis quand arrive 3h du matin, pis que c'est encore réveillé dans ma tête, j'commence à déprimer solide. J'regarde les posts sur OOEssai, pis sur LeCastel, et puis j'referme le tout à nouveau en me disant que j'ai pu rien à dire / à faire.
La symphonie, les trompettes, la guitare, des fois j'me dis que c'est juste des démos... Ya rien de bien construit dans ma vie.

En gros, j'roule en voiture avec des roues carrées. Un jour, j'vais m'ballader à Toronto avec des roues octogonales... Ce jour-là, ça va aller mieux.

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Deaf "Take a chill pill, pal..." Junkey, aka LÉGND-R

Comms:
Rabot a dit…

C'est beau de voyager, et j'ai envie, en même temps, c'est pas si prioritaire. C'est comme un reve de second plan.

Et la routine, elle brise les rêves, les enterres afin qu'on les oublie.

Et quand on trébuche, et qu'on gratte la surface par accident et qu'on les retrouve. Quelle joie.

La musique, la guitare, écrase toi et gratte sans demander à ton répertoire. Évade ta main sans te demander si ce quelle fait et bien. T'as que ça a faire. Et écrire sur ce que tu n'ecris jamais.

Transforme et écarte toi, va voir s'qui a au coin de Sherbrooke pis une rue fuckall. Genre du parc.

Regarde pas s'que t'aurai regarder.

Voila une pincée de dépaysement.
Amène la bande si t'as envie.

DeafJunkie88 a dit…

Conseils judicieux. Merci.