mercredi 2 novembre 2011

2 nov - Tes mots

Devrais-je le mettre entre guillemets? Ou les passer dans un entonnoir? Découpés au ciseau, ma cigarette qui pend juste au dessus, menace de les brûler…

J’ai des pulsions de mort, des fois. Faire comme les gens au bout du chemin de fer, dans Fahrenheit, et brûler les livres une fois lus. Comme ça, on travaille la mémoire. Au lieu d’oublier les mots, ils nous transpercent.

Les mettre publics, les cacher, ou les brûler… J’ai gardé trop de choses dans mon placard, trop de lettres, de vieux scripts, des poèmes de quatre vers sur des flyers du Cinéma du Parc, des cartes de finissants au primaire, des dessins. Je garde tout parce que j’ai mauvaise mémoire. Ou plutôt, mauvaise conscience. Mais ça, c’est une autre histoire que j’écrirai dans quelques instants…

Pour le moment, je garderai tout pour moi. La tête n’a pas changé. Elle s’est vue afficher un sourire, mais rien n’a changé. Là j’ai un cours, on s’en reparlera.

*wink wink, tséééééééé*

vendredi 28 octobre 2011

Recoller les morceaux

Texte que je ne peux pas publier avant le 17 novembre :)

On se promenait en patin à roues alignées, l’été, juste dans la rue, et pendant que l’un attachait ses protège coudes, l’autre s’asseyait sur la bande du trottoir pour regarder le soleil se lover derrière une flotte de nuage d’abord gris, puis ocre, pour finir rouge violet mauve sombre, et ça restait ainsi jusqu’au lever, quand on mangeait des tranches de pain, rôties et coupées en quatre pour y colorier du Nutella, du miel, des fraises confites, et du beurre d’arachide, puis glisser les mains sur le robinet sur le côté de la maison, remplir nos fusils à eau et élaborer des plans de commando, en s’infiltrant chez les voisins, le soir tombé, parce qu’on prétendait aussi devenir des ninjas invisibles et que rien ne nous arrêterait jamais, comme n’importe quel enfant de huit ans, mais certains restent plus discrets et préfèrent le bord du trottoir et faire sauter une super balle rebondissant jusqu’au milieu de la rue, où les voitures passent mais pas tant, juste un peu, et on n’avait jamais peur, à cet âge-là, de se faire frapper, parce que c’était peu connu comme coin, et qu’on était la première génération à grandir dans ce quartier. Des fois, une tante pas trop éloignée venait une semaine avant nos fêtes parce qu’elle s’était trompée de date, mais on pouvait quand même jouer avec nos cousins pendant un après-midi, courser jusqu’au bout de la rue, pisser sur l’arbre du vieux, qui habite encore là quinze ans plus tard, déballer des cadeaux assez banals, mais assez sympas pour jouer un après-midi avec les cousins et le nouveau jouet, et on finissait par souper ensemble sur la véranda en arrière avant de construire des forts dans le salon avec les coussins du sofa puis les voir quitter dans une Jetta 89 bleu poudre, mais pas le même modèle que celle de nos parents, et les voisins prenaient la relève en engueulant le grand frère qui avait brisé la pompe à eau des voisins durant un commando et souvent, ça finissait en pleurs, mais rien ne durait vraiment longtemps, à cet âge-là on oubliait vite, et le lendemain les dessins animés ou les Power Rangers jouaient assez fort pour passer à autre chose, avant que la petite voisine d’en face sur qui on avait un œil n’offre un sac de billes en guise de cadeau officiel d’anniversaire et qu’on pique une crise parce que ce qu’on voulait, c’était la nouvelle figurine de Batman, ou n’importe quelle autre cochonnerie de gamin gâté.

On peut penser qu'avec du recul, ça peut passer, mais ça passe jamais, parce que si ça a cassé en quelque part, c'est parce que c'était pas fait pour être recollé.

mercredi 26 octobre 2011

26 oct - T'es où, Phoebe... part 2

Mon sac d'ordinateur, l'appareil photo dans son étui, et un bagage de linge presque fraichement lavés. Je débarque à Grey Hound, Maisonneuve, après une superbe entrée dans la ville reconstruite par la pensée. La beauté du trajet flotte encore dans mes yeux, même dans un métro bondé de Berri, j'écoute des pistes qui s'appellent Montreal (Bran Van, Malajube, Autechre). Sur mon nuage, rien de dérange, pas même les trois gros bagages et mon parka. Descend à Montmorency, 17h l'heure de pointe. Pris entre soixante passants, je plane un peu moins. Une place se libère, je m'installe; il reste un bout à faire, la moitié. Deux minutes passent, *tap tap* sur l'épaule, un *tap* tout fragile. Elle a mon âge, peut-être moins, pâle comme le ciel: "Je fais une baisse de pression... je peux?" D'un bond, je laisse ma place; je sais ce que c'est de perdre conscience dans un autobus bondé. Je sors ma bouteille d'eau du parka, mais n'ose pas, elle n'en voudrait pas, l'orgueil ou les microbes, elle n'en voudrait pas, l'eau est peut-être chaude, non elle n'en voudrait pas, merde, avec sa tête dans les mains, pas évident, non elle n'en voudrait pas, c'est pas le moment, elle sort son cellulaire, même modèle que moi, tiens, non elle feel pas, elle n'en voudrait pas, encore la tête dans les mains, mais elle souffle... *Tap tap* "Veux-tu de l'eau?" Non de la tête... puis "Ça te dérange pas?" Non de ma tête, une gorgée, je suis rassuré. Merci, non c'est tout naturel. Me prépare à sortir, mon arrêt... le sien aussi. Tu retireras tes écouteurs, c'est pour enlever la chaleur de tes oreilles. Si elle te parle, tu ne les enlèveras pas à la hâte.
"Merci encore pour tantôt, hein!" Toujours aussi pâle, mais une bonne voix. Qu'est-ce qu'elle est jolie. "Je connais ça. Ça m'est arrivé une coupe de fois... Tant que t'es pas malade...enfin.." "Ben merci, en tout cas" Le plus doux des sourires aux cheveux noirs de jais.

Entre dans la voiture de son père, disparait je ne sais même pas dans quelle ruelle. Fuck, Phoebe... T'es où....

26 oct - T'es où, Phoebe...

J'ai toujours l'impression de tout faire tout croche. La lettre que j'ai envoyée, j'ai niaisé en la pliant comme elle, elle le faisait, j'ai écrit sous le coup de la réflexion hâtive, j'ai écrit sous la colère, tout sur l'impulsion du moment, jamais vraiment tourné ma langue sept fois avant de la lancer sur les gens. J'y pense après coup, quand le mal est fait. Je sais pas v-ivre en société, faudrait m'enchaîner, me laisser traîner dans la rue, loin de la vue des enfants.

Et pourtant, la petite à mon cousin... Elle porte le nom de notre grand-mère, et mardi soir, elle me regardait de loin, les petits doigts boudinés dans la bouche, avant de courir au salon, me pointer moi puis son livre de la petite souris qui compte des histoires. "Elle veut que tu lui lises son livre préféré", m'a dit sa mère, le gros sourire aux lèvres. "Faut que tu t'assoies en indien; a va s’assoir au creux de tes jambes." Bon sang qu'un album pour enfant, faut lire lentement. Du texte, y'en a: cinq à six phrases. Pour boucher les trous, j'imitais les gestes de la petite souris qui aime raconter des histoires de peur, avec des chatouilles, la main en coin coin. Bon sang qu'elle était cute, la p'tite... Parait qu'elle se laisse pas approcher aussi facilement, me racontait sa mère. Mais si j'y arrivait, elle devait juste dire ça pour me flatter. Je peux pas avoir un si bon atout avec les kids... J'angoisse trop. Et quand je les vois partir, avec un minuscule bisou sur la joue, pas forcé ni rien, ça me fend le cœur.

dimanche 23 octobre 2011

23 oct - Devrais-je partir

Devrais-je partir ou bien rester? Devrais-je encore tout laisser tomber. Commençons avec ces phrases, le cerveau suivra bien.

Devrais-je déjà partir? Deux jours. Les gens me trouveront ridicule, accroché à mon cocon familial. C’est vrai. Si je reste plus longtemps, ils s’ennuieront davantage de moi, je n’aurai rencontré personne, j’aurai fuit avant le retour des rénovations ainsi que le passage d’un cousin. J’aurai fuit mes parents pour ensuite fuir mes hôtes. Que de lâcheté en moi. Devrais-je encore tout laisser tomber, voir mes souhaits d’escapades ruinés à néant, simplement parce que j’ai peur du nouveau, refuser d’aller dans un café bar lézard, parce que je sais qu’ici, à la brûlerie Limoilou, normalement j’ai accès au Wifi, sauf ce soir évidemment. Peut-être même qu’au Lézard, ils l’ont ce soir, le Wifi. Mais je reste ici, parce que c’est clair, lumineux et que les filles sont belles. Pourquoi, à chaque fois, je m’incruste par pur égocentrisme, juste pour retirer mon bonheur personnel avant celui des autres. J’aimerais donner plus. Et en même temps, tout est voué au néant. Les filles de Québec ne tiennent pas autant à voyager que celles de Montréal; normal, il n’y a rien d’autre à voir que Québec. Tout est proche, tout sent l’automne, même les colonnes de fumée impressionnent, enfin, pour le petit faux bourge que je représente. De toute façon, Montréal sans Raphaël, ça devient Montréal avec Gual… Rien à comparer, rien à envier.

Should I go or should I stay. La grosse question à cent balles. Qu’elle est votre réponse finale? J’ai fait mes devoirs, sauf ceux de l’école, je ne dois plus rien à personne. Mais c’est plus fort que moi, je sens l’obligation de rester. Pour moi-même, sinon pour aider aux rénovations au 3e étage, pour aider à faire les commissions, pour sortir les habitués et leur montrer à travers mon regard la beauté de leur ville… Ma culpabilité me met le poids de la famille entière sur les épaules, et le voir ainsi ne pourra que ruiner mon séjour. Alors, que reste-t-il? On vient de rebrancher l’internet, oh joie, vive mes chaînes, je suis accro à l’opinion publique, je veux pleurer tellement la nouvelle cliente a les plus beaux cheveux rouges de la planète. Mes oreilles sillent derrière l’ambiance étrange d’Aphex Twin, au lieu de se reposer aux mélodies qui plagent mon lecteur.

T’es de mauvaise fois, ce soir. Repose-toi. Demain tout ira mieux. N’écris pas… trop… vite… La mouche vient de s’arrêter sur ton écran.

22 oct - Les junkies d'en haut



Une heure du matin, thump. Le landlord a tué le couple de junkies qui se battaient en haut. J’ai entendu les corps tomber juste au dessus de ma tête de petit Iroquois de vingt-trois ans. Il règle ses comptes à coup de thump, et moi qui essaie de dormir après quatre heures à écouter sa femme me raconter sa vie, ses allers à l’hôpital, sa dépression, sa relation houleuse avec son mari, devant un jeune qui cachait ses bâillements par respect, fumant à tout vent juste pour l’accompagner, sans montrer de signes de la vessie faiblissant ou du vent qui rentre par la vieille porte en bois et gèle tout l’appartement. De ma chambre sans porte, je l’aperçois rentrer avec sa pelle que je devine rouge, maculé de sang, et espère que les junkies n’étaient pas des natifs comme moi. Il me faut sauver ma peau avant qu’il ne m’arrive pareille histoire.

Le couic de la chaise m’indique qu’il boude au salon, et au-dessus le plancher craque, résonnance des deux corps en spasmes de l’agonie, fracture aux crânes, les phalanges recourbées jusqu’à faire couler le dernier sang de leurs paumes. Les mouches au fond du garde-robe brisé sortent déjà et passent par le trou où devrait se trouver une ampoule, au-dessus de ma tête. Je dois quitter au plus tôt.

La femme me racontait qu’ils travaillaient aux heures de bars, que la fille était probablement barmaid, et que le gars ramassait les bouteilles pour se faire un fond. Personne ne parlait de drogue, mais ça se regardait trop à côté pour ne pas le penser. La fille jasait avec les garçons en visite comme moi, mais pas exactement comme moi, pour leur demander du fric et s’acheter un petit sachet blanc, et personne n’en parlait, parce que ça aurait fait jaser le voisinage, mais le landlord, lui, le savait. Plus jeune, il avait assez donné dans ce domaine, il les reconnaissait, les morts-vivants. Père de deux enfants d’une femme avec qui il a divorcé, eux-mêmes parents de deux ou trois enfant, puis en couple avec une jeune femme de 46 ans, il trouvait les siens en un regard pour leur flanquer un bon thump de pelle si jamais le son des junkies du deuxième résonnait dans leur quatre et demi dont une porte avait été arrachée pour me laisser cette chambre où j’essayais de dormir à une heure du matin après quatre heures ou plus d’explication de la vie par la femme de 46 ans ou plus qui m’avait donné tous les détails de sa vie sans que jamais je ne place un mot, si ce n’était que pour acquiescer ou pour proposer mon briquet lorsque le sien faisait défaut. Et j’avais peur qu’on me foute dehors, à coup de thump.

21 oct - Devant moi

Devant moi, une nouvelle ville, un autre Montréal. Montréal, l’industrielle, la détruite. Derrière moi, les traces d’une fille que j’ai peut-être détruite. Des arbres en fleurs défilent sous mes yeux, et pourtant l’automne résonne. L’autobus passe devant un port usé, et au-delà, des foreuses abandonnées. Plus loin, des champs de blé font pousser en moi le cultivateur des vieilles terres, des vieilles valeurs. Comment expliquer la peur de fuir pour de vrai, cette fois, devant ces paysages défraichis, la possibilité de ne plus revenir, et laisser enfin derrière de vieilles amitiés.

Ici, tout est clair. Au premier bloc, une chocolaterie, au second, deux ou trois resto-bar, au troisième, deux pharmacies un dépanneur une caisse, au quatrième, un cégep trois restaurants une brasserie une épicerie, à trente minutes de marche, le Vieux Québec, des restaurants à la tonne, les cafés, les vêtements, les peintres, les enfants, la tête qui tourne de fantasme et une femme seule. Logement cinq et demi, onze cents par mois, juste au dessus, près de tout ça, chauffage et internet fourni, la lumière rentre de partout et la vue sur la province. Le landlord veut faire un open house pour célébrer la fin de la rénovation, et mon cercle urbain de Montréal devient tout à coup si effacé, j’en suis désolé. Fuir la grande ville des petites amours, pour rester ici, trouver une fin heureuse…

« If it’s a crime, then I’m guilty, guilty of loving you ». Toute la bande musicale d’Amélie Poulain y passe, dans cette brûlerie de Limoilou, et j’entends siffler, sans savoir si c’est moi ou la serveuse derrière son comptoir. Deux filles parlent de documentaire, « c’est pas la même chose que reporteur », et le sourire me vient facile, surtout en regardant celle avec les lunettes et le petit air de rien. Je m’étais dit : plus jamais les filles à lunettes, et pourtant, avec Amélie en fond, elle est mignonne. La tantine d’hier qui me demandait si je souhaitais rester ici, à laquelle j’ai répondu : « Peut-être plus Montmagny ». « Oh non, j’suis sûr que tu t’ennuierais. » Non. Enfin… Pas nécessairement. C’est plus calme qu’ici. Peut-être finalement… Mais c’est plus calme qu’ici. Tendre, rempli de vieilles mémoires, la maison de mon grand-père, mort devant moi, petit enfant de quatre ans, l’église où se sont mariés mes parents, l’appartement de ma marraine, le Herving, la tantine, le décès de ma grand-mère il y a deux ans. Peut-être, finalement… Ici, il n’y a que de gens vivants, des bonheurs d’enfance conservés comme si c’était la veille. Toute une famille avec le cœur et les bras grands ouverts. Comment refuser tel accueil…

Sur ma machine, les mots s’inscrivent dans le noir, face à une quincaillerie au néon. Tout autour, le vide. Je sais qu’un vélo se trouve à ma droite, une porte arrachée en arrière, mes souliers à gauche, près d’une plante, et pourtant je ne les vois pas. Je sais que derrière moi, une maison, un lit à moi, une pincée d’amis qui ne remettent pas à bientôt, des études motivantes; mais je ne les aperçois pas. Devant moi pourrait se trouver un nouvel univers, une vision épurée de la Montréal détruite que j’ai quittée, une job, une amie de cœur, comme disait mon Jesus Freak de mononcle.

Le confort et l’indifférence… le mal du voyage, revenir à ce qui est sûr, voilà ce qui va me ramener à vous. Au moins en profiter pendant que je vis mon pseudo vagabondage, trouver le fichu téléphérique, aller ailleurs qu’au Vieux, ne pas se perdre, dormir sur un simple matelas, posé à la va vite dans une chambre noire de vide, écrire jusqu’à saigner ici aussi.