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mercredi 26 octobre 2011

26 oct - T'es où, Phoebe... part 2

Mon sac d'ordinateur, l'appareil photo dans son étui, et un bagage de linge presque fraichement lavés. Je débarque à Grey Hound, Maisonneuve, après une superbe entrée dans la ville reconstruite par la pensée. La beauté du trajet flotte encore dans mes yeux, même dans un métro bondé de Berri, j'écoute des pistes qui s'appellent Montreal (Bran Van, Malajube, Autechre). Sur mon nuage, rien de dérange, pas même les trois gros bagages et mon parka. Descend à Montmorency, 17h l'heure de pointe. Pris entre soixante passants, je plane un peu moins. Une place se libère, je m'installe; il reste un bout à faire, la moitié. Deux minutes passent, *tap tap* sur l'épaule, un *tap* tout fragile. Elle a mon âge, peut-être moins, pâle comme le ciel: "Je fais une baisse de pression... je peux?" D'un bond, je laisse ma place; je sais ce que c'est de perdre conscience dans un autobus bondé. Je sors ma bouteille d'eau du parka, mais n'ose pas, elle n'en voudrait pas, l'orgueil ou les microbes, elle n'en voudrait pas, l'eau est peut-être chaude, non elle n'en voudrait pas, merde, avec sa tête dans les mains, pas évident, non elle n'en voudrait pas, c'est pas le moment, elle sort son cellulaire, même modèle que moi, tiens, non elle feel pas, elle n'en voudrait pas, encore la tête dans les mains, mais elle souffle... *Tap tap* "Veux-tu de l'eau?" Non de la tête... puis "Ça te dérange pas?" Non de ma tête, une gorgée, je suis rassuré. Merci, non c'est tout naturel. Me prépare à sortir, mon arrêt... le sien aussi. Tu retireras tes écouteurs, c'est pour enlever la chaleur de tes oreilles. Si elle te parle, tu ne les enlèveras pas à la hâte.
"Merci encore pour tantôt, hein!" Toujours aussi pâle, mais une bonne voix. Qu'est-ce qu'elle est jolie. "Je connais ça. Ça m'est arrivé une coupe de fois... Tant que t'es pas malade...enfin.." "Ben merci, en tout cas" Le plus doux des sourires aux cheveux noirs de jais.

Entre dans la voiture de son père, disparait je ne sais même pas dans quelle ruelle. Fuck, Phoebe... T'es où....

26 oct - T'es où, Phoebe...

J'ai toujours l'impression de tout faire tout croche. La lettre que j'ai envoyée, j'ai niaisé en la pliant comme elle, elle le faisait, j'ai écrit sous le coup de la réflexion hâtive, j'ai écrit sous la colère, tout sur l'impulsion du moment, jamais vraiment tourné ma langue sept fois avant de la lancer sur les gens. J'y pense après coup, quand le mal est fait. Je sais pas v-ivre en société, faudrait m'enchaîner, me laisser traîner dans la rue, loin de la vue des enfants.

Et pourtant, la petite à mon cousin... Elle porte le nom de notre grand-mère, et mardi soir, elle me regardait de loin, les petits doigts boudinés dans la bouche, avant de courir au salon, me pointer moi puis son livre de la petite souris qui compte des histoires. "Elle veut que tu lui lises son livre préféré", m'a dit sa mère, le gros sourire aux lèvres. "Faut que tu t'assoies en indien; a va s’assoir au creux de tes jambes." Bon sang qu'un album pour enfant, faut lire lentement. Du texte, y'en a: cinq à six phrases. Pour boucher les trous, j'imitais les gestes de la petite souris qui aime raconter des histoires de peur, avec des chatouilles, la main en coin coin. Bon sang qu'elle était cute, la p'tite... Parait qu'elle se laisse pas approcher aussi facilement, me racontait sa mère. Mais si j'y arrivait, elle devait juste dire ça pour me flatter. Je peux pas avoir un si bon atout avec les kids... J'angoisse trop. Et quand je les vois partir, avec un minuscule bisou sur la joue, pas forcé ni rien, ça me fend le cœur.