lundi 13 décembre 2010
13 déc - Pastiche
Amour sans repos, docile animal, caresse ma paresse avec tes courbes, et tes lèvres beurrées de rouge; fouts-en partout sur les murs de l'appart, qu'on aie l'air de vrais artistes vraiment blasés. Mange mon sac, t'es ma meilleure amie, mais j't'aime en silence, prends pas ça mal si j'te fais manger mon bat à toute heure de la journée. Entre tes p'tites fesses serrées, j'aime m'insérer. L'amour le plus pur, celui qu'on pratique comme de vraies ordures. T'es tellement folle de moi, bébé, faut pas que tu m'aimes. Je ne suis qu'un rockeur desséché. Mais je suis conscient que mon odeur de swing de robine te rend complètement gaga. Ya pu d'eau, parce qu'on oublie toujours de payer le loyer, à toujours s'envoyer en l'air. La douche, tu la prendra pour moé.
Crois pas que j'te vois pas quand tu ramasse mes longs cheveux blonds graisseux que j'coupe aux ciseaux. Je sais que tu les respire pour te crosser en pensant à mes yeux globuleux, mon gros pif de juif qui coule pis mon gros linge de laine qui pique pas lavé depuis qu'on a emménagé. Let's go beubé, j'ai pas fini de t'swinger.
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Ode à Sarah-Maude B.
samedi 20 novembre 2010
Tu disais
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Je t'écrivais des histoires. T'as dit, un soir qu'on jasait sur le net: "Écris-moi une histoire. Divertis-moi." Tu faisais un devoir de français, et on avait 14-15 ans. Te souviens-tu notre deuxième sortie? On était assis près de la fontaine Saint-Louis, et un itinérant est passé pour me dire de te dire: "T'as de beaux yeux, tu sais?" Et ta tête sur mon épaule, on en revenait toujours pas du film qu'on venait de voir. Souvent, tu disais: "C'est compliqué. J'te raconterai, un jour." C'était l'été où mes parents devaient fêter leur vingtième anniversaire de mariage, et tout avait dégénéré. Je voulais fuguer. Alors, t'as envoyé Étienne me chercher. "Je pouvais pas me rendre. Tu le sais." C'était la première marque d'affection que tu m'as démontrée. Ça et les histoires qu'on écrivait ensemble.
Des fois, ça t'arrivait de m'appeler "mon ange". Mais ça te faisait pleurer, tu préférais rester distante. Comme si depuis le début, tu savais que t'allais me briser, un jour ou l'autre. Tu m'avais même demandé plein de trucs sur moi, avant qu'on se voit pour la première fois. "C'est pour un poème. Je sais, c'est quétaine. Tu me rends quétaine", tu disais. Quand on s'est rencontré pour la première fois, tu m'as fais écouter Hide and Seek de Imogen Heap. Le lendemain, je suis revenu avec le cd déjà tout consommé pour te l'offrir, te remercier de la découverte. En arrivant au métro, on s'est embrassé pour la première fois. Et tu pleurais.
À la rentrée des classes de ma deuxième année de cégep, tu venais d'arriver en ville. J'avais fumé un gros pétard avec Bob après avoir calé de la tequila. Et toute la soirée, tu t'es inquiétée pour moi et ma face verte. "T'as pas l'air bien... Veux-tu que j'appelle un taxi? T'as vraiment pas l'air de filer." Cette fois-là, c'est moi qui pleurait. Je voulais t'éviter cette image de moi, complètement fini, la tête écrasée entre les genoux. J'aurais préféré me souvenir de notre premier rendez-vous. "Il faut que j'me trouve une robe, pour ma fête. Connais-tu le Valet de Cœur?" Je n'avais jamais vraiment visité Montréal. Tu m'as trainé sur tout le Mont-Royal, et j'en revenais simplement pas comment tu pouvais avoir un aussi beau visage. Et que tu puisse apprécier ma présence. Tu m'as même amené dans un sex shop. Juste pour rigoler.
On a passé une soirée d'hiver à chercher un bar, en faisant semblant qu'on était des amoureux pour une nuit. "J'connais un raccourci, viens", tu m'as dit avec un petit sourire naïf. On a marché pendant près d'une heure avant de réaliser qu'on était revenus au point de départ. J'avais la mâchoire gelée, mais on a rit pendant que je réchauffais mon menton avec la chandelle qui était sur notre table, au St-Ciboire.
Je t'avais trainé à la Cinémathèque, un jour. "C'est le film des Daft Punk, dans une semaine. J'veux être sûr d'avoir mon ticket." Tu connaissais pas, alors je t'ai fait entendre leur best of, parce que c'est tout ce que j'avais, à ce moment-là. Pour t'impressionner, j'ai écouté tous les albums de Pink Floyd en une nuit. Le lendemain, tu partais en voyage autour du globe. Je voulais te garder pour moi. "T'es tellement selfish, des fois, j'me d'mande pourquoi je t'aime" ça t'arrivait de dire. T'avais frustré parce que je t'avais corrigé sur la date de sortie de l'album Animals que t'avais confondu avec celle de The Wall. J'ai rêvé à toi des centaines et des milliers de fois. As-tu déjà rêvé à moi?
Pendant un moment, t'habitais l'appartement de ta tante partie en voyage. J'ai mis du jazz et on a dansé un slow pendant que ton spaghetti sauce cuisait lentement. "J'aime pas le jazz d'habitude. Mais ça, c'est pas mauvais." Tu disais: "Les trompettes, c'est un instrument joyeux. C'est fait pour le ska, pas pour être triste." Alors tu pleurais. Mais on était pas triste. Les matins, chez toi, c'était ton chat qui nous réveillait à coups de griffes sur les orteils, sous la couverture. "Yé pas méchant. Juste jaloux." Et tu souriais, alors on s'embrassait.
On s'est perdu de vue, on fréquentait différentes écoles, alors on faisait semblant d'être des old-school qui s'écrivent des lettres. L'avant-dernière, ou l'autre d'avant, tu m'as écrit: "C'est compliqué. Ma sœur m'a dit que l'amour, c'est autant physique que psychologique. Si je peux pas te sentir, si je peux pas me coller contre toi, c'est comme si yavait rien. Je t'aime, mon ange, mais c'est compliqué. Je suis désolée." Sur la feuille mobile pliée en origami comme toi seule le faisait, j'y retrouve encore des petits cercles où l'encre a déteint. Tu disais: "Si seulement... Mais tu comprends... C'est pu possible." Te souviens-tu de cette soirée où ta sœur avait organisé un défilé de mode? Un vieux, dehors, avait gueuler du haut de son balcon et je lui avait rendu son cri. Et tu m'as dit: "T'es ben con!" avec le gros sourire dans la face. "T'as pas de classe; j'te sortirai pu jamais. Tu m'entends? Pu 'amais!" Et le lendemain, on se saoulait la gueule au St-Sulpice, parce que c'est toujours là qu'on finissait, quand on allait en ville.
Mais t'étais rendue loin, t'avais switché de carrière, tu voyageais, tu changeais. "Toi, tu changeras pas... Grow up esti, tu vas pas rester un bébé gâté pour le reste de ta vie." Tu devenais froide. Dans les moments gris, entre deux longs silences au téléphone, tu m'engueulais. Alors, je prenais des antidépresseurs. Je ne voulais pas pleurer. Je voulais que tes paroles s'envolent, comme si tu ne m'avais jamais détesté. La dernière lettre que j'ai reçu de toi, il y avait juste un cd compilation, sans titre ni rien. Juste des chansons où des types sont tristes et parlent d'amour et tout. J'ai lu Salinger, et je me suis mis à boire fréquemment. Tu m'as effacé de ta vie, comme un mauvais souvenir.
Alors je mets tes mots entre guillemets, parce qu'en les mettant en cage comme un oiseau, j'ai l'impression qu'ils m'appartiennent pour toujours. Alors que je sais qu'ils ne prennent leur vraie beauté que lorsqu'ils sont en liberté, dans ta bouche.
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JD
samedi soir, 20 novembre 2010, minuit 36
lundi 15 novembre 2010
Nocturne Kaléidoscope
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Lundi, 15 novembre 2010, minuit 50
Jean Derome
samedi 2 octobre 2010
Cab remixed
"T’as vu, aux nouvelles? Le type qui est mort." Le chauffeur du taxi, un nègre, baisse le son de la radio. "On parle pas d’assassinat, mais je sais qu’elle l’a tué, la vieille. Y avait du sang partout, t’aurais pas aimé être là. Je l’ai vu, moi, baignant dans sa marre. Old buddy of mine. C’est dégueux, la vie, des fois. Ça te prend par en arrière, et BANG, t’es mort. La vieille, elle s’appelait Justine. Une vraie chipie, celle-là, toujours à pleurer, à raconter ses malheurs. Michel a tout fait pour la supporter, mais en moment donné, un gars s’écœure. Bon, c’est sûr, ça se tapait dessus, mais rien de grave. Une taloche pour lui fermer la gueule. Évidemment, la bonne femme la fermait jamais, elle rapportait toujours à la police ou whatever… Les crisses de colonisés, la tête baissée dans le fond du trou du cul, moi ça me fait vomir. S’abaisser aux règles de madame, c’est franchement vomitif. Vraiment, ce gars-là a souffert pour elle; elle s’en est jamais rendu compte, par contre, non! Juste pour une partie de fun avec une p’tite fille qui, ELLE, n’a jamais dit un mot sur les méthodes de Michel, la crisse de folle pète un plomb pour de bon, lui casse la tête, lui fourre un concombre dans le trou d’balle, et pisse dessus! Tu trouve ça normal, toi? » J’offre au chauffeur dix dollars supplémentaires s’il cesse de piailler et qu’il remonte le volume de la radio. Il préfère cependant continuer à déverser son torrent, son fleuve de discussion de ghetto. « L’autre jour, y a beaucoup plu, hein? Es-tu sorti, mercredi? L’autoroute était complètement bloquée, c’était le Saint-Laurent sur la 15. Ah oui, y a aussi l’autre, Charest avec ses magouilles. C’est tu pas un crosseur, lui quand même! Franchement, prendre NOS fonds publics pour financer un procès qui mène nulle part. Je vais te le dire, moi : on est tous des Michel qui se font rentrer profond par en arrière pis on dit pas un crisse de mot parce qu’on est trop tight ass pour faire un move!"
"T’aurais-tu du feu", je lui demande. "T’es bien fin, mais là, ton discours, ça ne mène à rien. T’as beau être révolté, tu ne feras rien pour changer quoi que ce soit. Deal with it." J’allume une cigarette, malgré l’interdiction, puis continue. « Je dois être au mariage dans dix minutes, alors dépêche". Je mets mon casque d’écoute sur les oreilles.
mardi 14 septembre 2010
Le refuge (13 sept 2010)
Dès le premier pas posé dans l’appartement, les souvenirs reviennent. Les murs n’ont pas changé : il y a toujours ces cicatrices laissées par mon frère et sa copine, les traces de poings dans la charpente. La peinture est la même, bourgogne et beige, délavée par le temps et les excès de rage du couple. Le plancher craque sous mes pas, le bois à moitié moisi, comme auparavant. L’entrée qui donne directement sur la cuisine conserve cette odeur nauséabonde laissée par les dizaines d’animaux qui restaient ici, les plats de thon qui pourrissent dans l’évier ou dans les gamelles. Lorsque je commence à m’habituer à l’odeur, je passe par le salon, où se trouve ce vieux fauteuil antique griffé par le chien, pour m’installer sur le balcon du troisième étage. Je me retourne pour étudier en détail ce qu’il reste du refuge. Outre le fauteuil, un meuble pour la télévision comble le vide du salon. La vitre du meuble est brisée, et je ne sais pas si je devrais la changer. Plus loin, dans la cuisine, je vois qu’une tasse à café est restée sur la table, celle que mon frère a volée à la pizzeria du coin. Je décide de revenir à l’intérieur pour vérifier si la tasse contient encore une quelconque substance. Le fait qu’elle soit vide me rassure l’instant d’une seconde. L’appartement est encore meublé et pourtant, tout est vide. Dans la chambre, les rideaux sont tirés, le lit, défoncé, et le bureau d’ordinateur est tout aussi amoché. C’est comme si plus aucune vis ne tient en place dans ce taudis hanté par les fantômes d’un couple sur le déclin. Assis sur le lit penchant, je remarque que la porte du garde-robe est éventrée et, aussitôt, je revois mon frère, son katana tenu à deux mains au-dessus de sa tête, visant l’amant de sa copine. Décidément, même après ces cinq années d’inhabitation, le propriétaire n’est toujours pas résolu à changer la défragmentation du lieu. En me levant, je détourne enfin la tête du triste dégât. Les mains dans les poches, j’avance à pas feutrés à travers la cuisine et inspecte l’état des électroménagers; la crasse s’accumule à vue d’œil et, malgré tout, rien ne semble aussi misérable que dans mon souvenir. Les fondations sont bonnes à jeter, mais je n’arrive pas à m’y résoudre. Les armoires, les tiroirs et les étagères vides me donnent l’impression que tout ceci possède un vécu, mais aucune mémoire. Seul à ressasser les éléments du passé, je passe un doigt sur la surface d’un comptoir et j’y vois la triste réalité : tout est éphémère. Sur le frigo repose une note sur laquelle est écrit : « Je t’aime, n’amour! On se voit ce soir. » Comme je n’arrive pas à savoir s’il s’agit de lui ou d’elle, j’enlève la note et la dépose dans la poubelle. C’est le premier pas vers une nouvelle ère, celle où les fantômes de la rancune et du désespoir ne laisseront aucune trace aussi visible sur les murs. Les empreintes de mains ensanglantées sur le mur beige que j’ai peint autrefois, je compte les recouvrir de teintes bleutées, afin d’y voir clair pour la première fois depuis leur rupture. Ce lieu doit retrouver sa nature : un refuge pour ceux qui ont peur du malheur.
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Jean Derome, lundi 13 septembre 2010, 23h

