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samedi 2 octobre 2010

Cab remixed


"T’as vu, aux nouvelles? Le type qui est mort." Le chauffeur du taxi, un nègre, baisse le son de la radio. "On parle pas d’assassinat, mais je sais qu’elle l’a tué, la vieille. Y avait du sang partout, t’aurais pas aimé être là. Je l’ai vu, moi, baignant dans sa marre. Old buddy of mine. C’est dégueux, la vie, des fois. Ça te prend par en arrière, et BANG, t’es mort. La vieille, elle s’appelait Justine. Une vraie chipie, celle-là, toujours à pleurer, à raconter ses malheurs. Michel a tout fait pour la supporter, mais en moment donné, un gars s’écœure. Bon, c’est sûr, ça se tapait dessus, mais rien de grave. Une taloche pour lui fermer la gueule. Évidemment, la bonne femme la fermait jamais, elle rapportait toujours à la police ou whatever… Les crisses de colonisés, la tête baissée dans le fond du trou du cul, moi ça me fait vomir. S’abaisser aux règles de madame, c’est franchement vomitif. Vraiment, ce gars-là a souffert pour elle; elle s’en est jamais rendu compte, par contre, non! Juste pour une partie de fun avec une p’tite fille qui, ELLE, n’a jamais dit un mot sur les méthodes de Michel, la crisse de folle pète un plomb pour de bon, lui casse la tête, lui fourre un concombre dans le trou d’balle, et pisse dessus! Tu trouve ça normal, toi? » J’offre au chauffeur dix dollars supplémentaires s’il cesse de piailler et qu’il remonte le volume de la radio. Il préfère cependant continuer à déverser son torrent, son fleuve de discussion de ghetto. « L’autre jour, y a beaucoup plu, hein? Es-tu sorti, mercredi? L’autoroute était complètement bloquée, c’était le Saint-Laurent sur la 15. Ah oui, y a aussi l’autre, Charest avec ses magouilles. C’est tu pas un crosseur, lui quand même! Franchement, prendre NOS fonds publics pour financer un procès qui mène nulle part. Je vais te le dire, moi : on est tous des Michel qui se font rentrer profond par en arrière pis on dit pas un crisse de mot parce qu’on est trop tight ass pour faire un move!"

"T’aurais-tu du feu", je lui demande. "T’es bien fin, mais là, ton discours, ça ne mène à rien. T’as beau être révolté, tu ne feras rien pour changer quoi que ce soit. Deal with it." J’allume une cigarette, malgré l’interdiction, puis continue. « Je dois être au mariage dans dix minutes, alors dépêche". Je mets mon casque d’écoute sur les oreilles.

vendredi 2 octobre 2009

Éden (vendredi 2 octobre)

Je prépare petit à petit un univers complet, sous un même nom.
Est-ce pour autant une obsession?
En fait, il s'agit surtout de rigoler un peu. Tant qu'à parler d'un sujet, parlons-en en long et en large. Alors, après le texte d'un insomniaque chronique, après le côté graphique en plusieurs sous-divisions, il y aura la musique, les photos, la vidéo et, pourquoi pas, les figurines du Naufragé.

J'aurais bien aimé publier le troisième volet de la série, mais les dessins ne sont malheureusement pas en ma possession, pour le moment. Le troisième est plus abstrait, moins personnel, et il m'a permis en quelque sorte de fermer la page sur certaines choses. ...Enfin, j'aurais aimé. Et pourtant je n'ai pas pu m'empêcher de continuer. Ce que je veux atteindre, ce n'est pas le syndrome de Stendhale, mais l'oeuvre la plus surutilisée par un seul et même auteur.
...Est-ce que les bd de Star Wars ont été écrites et dessinées par Lucas?

Je réalise en écrivant ces lignes que, comparé à la plupart des gens que je côtoies ou avec qui je discute, je n'ai aucun soucis réel dans la vie. Je suis un être simple, mais compliqué à suivre, qui se contredit sans cesse... Je dis être passé par dessus mon enfance, ne plus vouloir en reparler, et voilà qu'un simple film me replonge dans ces souvenirs. Dans ces peurs. Celle de m'être battu avec d'autres gamins, d'avoir subi le ridicule et de l'avoir pris au sérieux, de n'avoir jamais été au même niveau avancé que les autres.. etc. En maternelle, tout le monde savait compter jusqu'à 100 sauf moi. Ce film (Être et Avoir) m'a remis la tête dans les chiottes. J'en suis resté effrayé.

Pour ce qui est de l'éden, je crois qu'une fois la panoplie des références au Naufragé terminée, j'y serai enfin. Là où je peux sortir de mon étagère le passage ou le média qui me plait le plus, je serai sain et sauf. Il y aura bien des chances que les dessins auront le dessus, surtout celui du désert qui me fait rire à tout coup.

Les histoires qui m'ont touché, il en reste peu. Je devrais en écrire, pour remonter la pente...
D'ailleurs, ça me fait penser.. Lorsque j'ai eu mon premier vrai boulot comme boulanger dans une épicerie, j'étais à un moment de ma vie où plus rien de m'inspirait pour écrire du frais, du sang neuf. J'étais content en me disant: "La job! Voilà une nouvelle chose dans ma vie! Il va se passer des tonnes de trucs que je pourrai écrire!" ... Hélas, non. J'ai écris un truc qui m'a bien plus, certes. Mais rien qui dépasse les frontières jusqu'alors atteinte. Même chose pour la seconde job (c'est normal, je l'aimais ce boulot!). Deux ans plus tard, troisième travail, beaucoup d'histoires, mais peu assez bonnes pour les figer dans le temps. Sans parler des études.

Le mieux serait de conjuguer travail et études. Voilà un mois que je suis entré, et le 3 quarts de mes lectures ne sont pas complétées. Le vendredi, il revient d'un show ou d'une fête, alors trop fatigué pour étudier; le même soir, il travaille de nuit; de même pour le samedi; le dimanche, trop fatigué du travail et dort jusqu'à lundi; lundi, il planche sur ses dessins et sur le net... Le mieux serait de rentabiliser ces vendredis et lundis.

Peut-être un jour, je serai moins dans ma tête à penser à toutes sortes de choses inutiles comme le concept de la laideur dans la vidéo contemporaine, et finir par penser à des trucs intelligents comme "comment puis-je laisser ma trace? comment faire pour être visible et me démarquer de la masse". Et aussi comment ne pas être en émerveillement devant ce que l'on appelle " l'ennui".
Bref passer à l'action au lieu de rêvasser, être perpétuellement complexé au lieu d'être un imbécile heureux, comme ce cheval dans Animal Farm.

Dommage que les machines, que j'aime tant, ne puissent pas connaître ce que c'est que de rester sur un banc de parc et réfléchir à plein de choses absurdes. J'imagine la scène: -Et toi, ordinateur, comment a été ta journée? -Bah, tu m'as pas mal tappé dessus aujourd'hui, je sais pas si j'devrais te parler... -Oh c'que t'es susceptible :) Soit pas si ronchon. -Tu ne sais pas cque c'est de garder mon calme quand tu change toujours de format de texte et que tu veuilles constemment passer d'un logiciel à un autre! -D'accord, je tenterai de faire attention à toi, à l'avenir -Tu dis toujours ça...

Et le iPod de s'y mettre lui aussi: -Tu as un gros problème toi! Comment faire pour savoir ce que tu veux? Tu passes de Durand à Autechre, puis Leloup, puis le jazz, la musique de film jamais pareille... -Une mélodie me fait penser à une autre, je suis comme ç.. -Non tais-toi! J'en ai marre! Choisi un groupe et puis ça finit là!

Les machines à ma job sont toutes en furie contre moi, alors ça sera pas long avant que les miennes prennent leur bord!

-DM- 2 octobre 2009, 19h45