jeudi 18 août 2011
18 août - Montmagny sous les neiges
La tempête de l'autre côté de la fenêtre, dans un café où les néons rouillés ne soufflent qu'un degré suffisant de lumière.
Rouges, le blanc des yeux, noire la gorge rauque d'avoir trop souffert d'une blonde un peu innocente. Pleurer parce qu'il ne reste plus rien d'autre à l'agenda... Et écouter en boucle Re: stacks depuis des heures. Parce que ça me fait penser à Montmagny, sous une poudreuse compatissante, à un café peu lumineux, plutôt qu'à la fille qui m'a fait connaître Bon Iver...
Et boire dans l'appartement vide de mon ex, seul avec son chat, et lire "Uncle Wiggly" pour pleurer, pour entendre "It's hard to find it when you knew it When your money's gone And you're drunk as hell"... Souffrir et vider son trop plein retenu d'émotions vides. Texter sans réponse de la part de la blonde. Boire d'être trop saoul, pleurer d'être trop triste. Et penser que demain sera pire, sous les reproches des photos prises il y a deux semaines, botchées, pour le 50e de mariage de mon oncle et sa femme.
Je continuerai de boire, et de souffrir à l'écoute de la blonde silencieuse...
Et je penserai à Montmagny sous les neiges, pour me rassurer.
lundi 31 janvier 2011
31 janv - Sur mon radeau
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À ma gauche, une femme passe avec sa petite fille. Je déteste avoir à marcher dans de telles situations. Avec la cigarette au bec, j’ai la jauge de culpabilité qui monte dans le tapis. Le moindre sourire sur mon visage, à la vue de la petite écharpe rouge baiser de la jeune fille, me fait passer pour un vrai pervers. Alors je continue ma route, les deux yeux pochés, laitue bacon, l’odeur de bière pas chère qui ne partira pas avant une bonne douche, et l’armée de poils de chat, longs, blancs, et frisés qui ont envahit mon beau complet pendant mon sommeil d’une couple d’heures.
Je suis parti peut-être trop tôt. J’aurais au moins pu cogner, glisser ma tête dans le cadre de porte et dire salut. Au lieu de ça, je suis parti comme un voleur. Les petits bas glissant sur le parquet de bois grinçant, je suis parti sans faire d’erreur, je crois, sur la note que j’ai laissée sur la table. Je n’ai même pas regardé l’heure. Juste de sentir l’odeur du soleil frais sur mon visage, c’était suffisant pour me faire décoller. Sur la rue Saint-André, j’ai vu des fantômes prendre leurs couleurs. Un couple dans la trentaine qui se rendent au boulot en petite voiture, un vieillard qui cherche des mégots dans les petits bancs de neige, et mon énorme pif de juif qui rumine toutes sortes de questions.
Quand je ne marche pas, je coure, je prends le métro, l’autobus, encore la marche, puis la bicyclette. Toujours la tête droit devant. Il ne faut pas que je me mette à penser : elle s’est retournée ou non? Est-ce que mes cheveux sont peignés? Qu’est-ce que la communauté va penser? Les stations passent et sous mon stylo, qui perd son sang sur une feuille de calepin, se dessinent des gens qui ne se regardent pas, qui préféreraient rester chez eux plutôt que de travailler, qui perdent trente ans de leur vie à se demander ce qu’ils mangeront pour souper.
Et lorsque je reviens à la surface de la terre, deux enfants font des huit sur la neige fraîche avec leur bicyclette. Pendant le trajet qui me ramène à mon port, cette image se superpose sur les maisons identiques qu’on passe, les restaurants, les itinérants, les hôtels chics, l’école primaire de mon enfance. Une grande cour, deux parcs multicolores, un petit train, des tubes, des grilles rouillées, des passages en gravel, de la neige mouillée qui a réussi à s’infiltrer dans le foulard rouge et jaune d’un petit garçon qui a les doigts complètement gelés, mais qui n’en tient pas compte et qui préfère lancer une boule de neige à sa sœur, ou sa copine, peu importe.
Il me faut cinq minutes de marche rapide pour enfin me décider à sortir mes mitaines de leur protection ainsi qu’un polaroid. Un arbre, gris, froid, oublié, fantomatique et pourtant magique. Déclic et la pellicule sort. Je secoue à travers d’horribles petits tremblements de mains tandis que je finis ma marche. Apparaissent tranquillement les pigments :
Ce petit matin
la lumière arrive
- douceur glaciale.
vendredi 10 décembre 2010
11 déc - Hivernale
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Tout en douceur. La couleur pâle, le nez chatouillé par les poils du parka, et une légère valse. Regarder les maisons s'étendre au loin, ce soir, me semble si différent, si agréable, comparé aux années précédentes. J'y vois la beauté du pinceau, les subtiles touches de rouge, de bleu, sur une longue tapisserie crème.
Le vent coule comme une rumeur, incendie ma tête. Le tracas se fait sentir, mais une voix résonne, basse et aiguë, à la fois, teintée de chaleur: "T'es mieux de venir". Je n'ai rien dans l'estomac, sinon qu'un café et quelques bouffées d'air frais. Bien qu'impatient d'arriver à la station, ici, dehors, je profite du paysage nocturne, les gens qui se rassemblent au loin, se tenant au chaud.
Sous la terre, dans le serpent de fer, l'angoisse, la peur, le mal de cœur, inspire-expire-inspire-expire, sans s'empirer ni s'améliorer. La mélodie change, il faut garder la tête haute, penser à des forêts, des montagnes et des déserts. Avec un beat gitan en arrière, ça calme l'atmosphère. Des kilomètres depuis la tempête de joie qui m'envahissait à l'extérieur, je croule sous les pensées hasardeuses. "Faites que ce mal disparaisse". M'imaginer devant une seule goutte de liqueur me gruge l'intérieur, le monde imaginaire s'intensifie au fur et à mesure.
Marchant à nouveau à la surface, les respirations haletantes reviennent. Un souffle, deux souffles, un rire discret. C'est si typique, sortir pour revenir si vite. N'entrer que pour dire: "Voilà. Je l'ai fait." Et la musique reprend. Parce que t'as les yeux bleus, que tes cheveux s'amusent à défier le soleil. Et pourtant, tu te fonds si bien à la douceur hivernale, on se sent prêt à laisser à jamais le soleil. Oublier un instant tout ce qu'on pensait trouver embarrassant. Retrouver les palettes de bleu, de rouge, c'est revenir des kilomètres plus tôt, attendant à l'arrêt avec la pensée, la petite voix qui chuchote, sourire paisible: "Voilà un moment de bonheur."
Et le souvenir qui se dissipe, je le laisse glisser lentement. Ne reste que les yeux clos, une légère brise, un courant chaud. Les soucis qui reviennent peu à peu laissent intact ce sentiment de bien être.
Ce soir, tout en douceur.
Comme une petite laine sur le cœur.

(Peinture: "Balade hivernale", par Michel Perrier)
