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mardi 10 mai 2011

10 mai - Not summer yet

L'encens brille sur la table de chevet. Mes jambes se croisent, les yeux fermés. On invoque le silence. Quand le soleil sera couché, peut-être un jour, je dormirai.

Petit calepin, rempli de croquis, de dessin, de phrases semées au gré du vent, et ton nom n'y parait plus. Tout comme mon sommeil, et mon besoin d'écrire. Dès que je t'ai tuée, la plume s'est éteinte. Je ne vois plus ma place ni ne comprends où je devrais aller. Les mélodies tristes font leur chemin, mais je me perds. Fuir ou ignorer, continuer d'aimer ou effacer l'ardoise?

Assis sur le plancher du salon, je regarde le plafond, une cigarette mourante au bord du cendrier. Combien de visites aujourd'hui? De commentaires. De votes. Rien à l'horizon. Mon petit Livre d'Or se vide jour après jour. Je brûlerais les meubles de la maison que personne n'y porterait attention, avais-je écrit dans mon premier scénario à vie. Voyons, raisonne-toi mon pauvre ami, tu divagues. Respire, écoute les moines de la Grande Chartreuse.

Trop tard pour sortir prendre des clichés, c'est trop noir dehors. God I could use a good lens by now... Je repense au monstre en moi, celui que je tente de cacher, qui sort une fois attisé. Est-ce lui que les gens préfère? Devrais-je brûler les meubles pour attirer la joie des autres?

J'imagine que demain, vers 9h du matin, je me réveillerai à nouveau après avoir visité une Église babylonienne. Et pendant une demie-heure, je pourrai sourire, éphémère.

dimanche 23 janvier 2011

23 janv - Individualisme de société

Ce billet est une réponse, très en retard je l'admets, à ce speach tenu l'été dernier.
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Je comprends ce que tu voulais dire. Mais voilà ce que j'ai à dire là-dessus.
Oui nous sommes une génération individualiste. Depuis les années 80, la société s'est renfermée sur elle-même, avec les premiers lecteurs cassettes portatifs, puis avec l'internet, les iPods, les cellulaires, et ainsi de suite. Seulement, il faut comprendre quelque chose: vous avez vécu à une époque où c'était la communauté qui était prônée. Ce n'était pas rare de voir des familles de dix enfants, des gens se réunir en masse à l'Église, ou devant un filet de hockey au milieu de la rue.
Ma génération, quant à elle, a grandi à travers le phénomène du divorce, du "moins d'enfant possible, disons 3 maximum", et du renfermement global. Et bien que tous branchés sur notre lecteur de musique portatif, qui dit l'heure, qui appelle/sms tes chums et des centaines d'autres applications, bref isolés dans notre bulle, nous sommes quand même une des générations les plus informées, les plus regroupées, si je peux me permettre le terme.

Ok, on ne semble pas se rassembler comme une communauté, en présence physique, mais cet univers électronique, lui, est bien présent. Pour ce qui est de la religion, oui nous avons de multiples références, du "bricolage" comme tu dis, de façon plutôt péjorative d'ailleurs. Mais nous ne le percevons pas ainsi. On se comprend et on se respecte dans nos choix et nos valeurs divergentes. Tout comme on accepte votre style de vie. Faudrait respecter notre choix. Nos choix. De citer des passages du Coran, tout en pensant à la philosophie bouddhiste, cela fait-il de nous des êtres moins intelligents? On s'ouvre au monde, selon notre vision personnelle. Que cela vous plaise ou non, monsieur.

Vous parlez de l'importance du partage social, l'aspect de la communauté. Dites-moi: vous trouvez ça sympa de voir tous ces gens dans la salle, la gueule allongée, ennuyés à mourir, alors qu'on leur récite des textes magnifiques qui parlent d'amour? Je vous trouve hypocrites, messieurs, de prétendre que ces gens vous apportent de quoi, alors que vous ne serrez la main qu'à deux ou trois personnes, la gueule tout aussi longue et ennuyée. Il faudrait que vous considériez qu'à notre époque, les gens (les jeunes) sont plus ouverts et acceptent davantage de principes et valeurs de vie. Il y a aussi le concept de l'après-vie, que vous nous mettez sur le dos. Attention, faudrait pas dire n'importe quelle connerie qui vous passe par la tête. Si nous sommes multi-culturels, je pense que pour au moins 80% de ma génération, on ne croit pas au fameux concept de l'after life. Nous sommes dans le concret, nous aussi; la vie maintenant. Combien de jeunes dans la vingtaine partent en voyage, faire le tour du monde? On en profite en sacrement! Ce sont les fanatiques qui croient en ce concept de l'après.

Croyez-moi, cette génération que vous dites "pognée", messieurs, l'est beaucoup moins que la vôtre. Lâchez vos livres deux secondes et allez écouter une vraie discussion sur le sujet entre deux ou trois jeunes. Ouvrez donc votre esprit, un peu.

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JD, dimanche 23 janvier 2010, 13h30

samedi 25 décembre 2010

25 déc - Dear Sir

On descend de la voiture. Mon père veut me montrer la salle où il pratique. Tandis que nous entrons par la porte du sous-sol, il discute avec un autre célébrant. Un vieux de la vieille que je reconnais depuis que je suis tout petit. L'entrée est percutante. Je sens tous ses yeux se poser sur moi. "Je ne suis pas digne, je ne suis pas digne, je ne suis pas digne..." Rien n'a changé... Tout est identique: les formes, l'escalier, le cabinet de téléphone, les corridors, les couleurs. Le sous-sol où mon frère et moi jouions en attendant. Attendant quoi, je ne sais plus. On monte les marches, passe à côté de la porte menant à l'assemblée en pleine célébration, on traverse un long corridor, rien n'a changé. Y vit une ambiance, une lumière douce et pourtant quelque peu amère. Et pourtant quelque peu réconfortante.
Bref, une place où je me suis toujours senti comme un enfant qui s'amuse dans un lieu sinistre rempli d'adultes qui travaillent, qui ont la gueule livide, qui ne veulent pas voir un gosse de 20 ans trainer ailleurs que dans l'assemblée. Ces lieux sont empreints d'une âme douce, protégée par des gens sans âme. Ils bougent, les yeux fixés au sol, les bajoues qui ballottent, les bras qui pendent.
On arrive enfin à la salle de pratique pour la chorale. Seule, au piano, une jeune femme, frêle et petite tresse. Mon père me présente la cheftaine du groupe. Petite voix presque cassée, soulignée d'un minuscule accent français. Rien n'est prononcée chez elle, tout est en subtilité. Mais son sourire radieux, l'énergie, la pureté...
-Mon fils voudrait prendre des photos de la pratique. Ça ne vous dérangerait pas?
-...Seulement si c'est de Belles Photos, alors! Hihi!

Toute ma réalité chavire. Sa présence illumine tous les coins obscures du bâtiment.
Dear sir, I believe you speak through her. You shine through her whole existence.

Je repars afin de retrouver les autres qui fument dehors. J'ai les yeux gros, le cœur lessivé, et une peur terrible de retourner à l'intérieur. Je ne suis pas digne de te recevoir... Je suis parti trop longtemps, je ne suis plus digne de te revoir dans ta maison... Et pourtant, on n'attend pas que l'enfant s'en remettre; on rentre à nouveau. Quelques photos ici et là du sous-sol, pour garder ces souvenirs à jamais sur image. Mais sans les enfants, ce n'est plus le même esprit. Quelques minutes passent, tout comme plusieurs autres participants de la chorale. Ils devraient bientôt commencer à pratiquer, mais je n'ose pas partir tout de suite. Je ressors fumer, rentre à nouveau, et tente de visiter un peu les lieux. Encore ici et là, quelques clichés rapides, je ne veux pas me faire repérer. Difficile pour le mec dont les bottes font scouic scouic. Surtout quand un vieux papi arrive dans le même corridor, qui s'approche, s'approche, s'approche, qui passe, qui continue sa route. Un autre au regard perdu, presque sauvage. "Qu'est-ce que vous cherchez?" j'entends dans ma tête. "Je me promène... Je ne prenais pas de photo de vous, hein. N'ayez crainte" j'essaie de me dire. Leur silence est plus pénible que s'ils m'abordaient directement.

The ceremony is about to begin.
Dear sir, will you give me the power?
Shall I enter your Realm?

Je fini par aller dans la salle de répétition. Elle est déjà terminée... Pourtant, je suis passé à 22h et y'avait toujours rien, et il est à peine 15 minutes plus tard... Oh well. Je suis mon père jusqu'à l'assemblée et m'installe aux côtés de ma mère. Ça y est; no more pretty pictures. Tout est là, pour les yeux. Et pour les oreilles surtout.
Les chants... C'est la première fois que ma voix se laisse emporter. Tout s'envole vers le ciel étoilé. Tous participent, pourquoi pas moi. Et ma voix, je la perçois comme celle de mon père, quand je l'entendais, tout jeune; grave, sans être sombre, puissante. Une profonde joie en ressort. La timidité revient lorsque vient le temps de donner la communion. Première fois depuis près de dix ans. Dois-je regarder l'assemblée? La table? Ma feuille de chant? Tout est confus. Le passé, le futur...

Oh, dear sir
It went oh so well.

Les paroles me reviennent avec tant de facilité, c'en est presque déroutant.
Et pourtant, malgré le temps qui est passé si vite, j'en ressort encore troublé, sans réponse.

Tout ça n'a pas de sens...