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jeudi 15 juillet 2010

Ta mère ne reviendra pas ce soir

La première chose que tu risques de penser, c'est ce que la plupart des enfants se demande: "Est-ce que c'est de ma faute?" Ce n'est pas le cas, ma chère Justine. Le conflit était entre ta mère et moi. Nous avions deux visions différentes de la vie, et rester ensemble n'aurait qu'assombri ton avenir.

Ce que je souhaitais te donner, c'était une vie vertueuse, simple et loin de la pollution mentale. J'ai fait l'erreur d'avoir penser que j'étais mieux pour t'éduquer. Enfin... c'est toi qui me le dira. Vois-tu, pendant longtemps, dans ma jeunesse, j'avais cette petite sœur que je m'étais inventée et qui s'appelait Phoebe. Le même nom que la sœur d'Holden Caulfield. Je voulais avoir une fille aussi brillante et douce qu'elle.

Voici l'évolution de la fille que j'aurais souhaité avoir:


À un an, Justine avait tout d'un ange. Sa teinte blonde, son regard rempli d'émerveillement, ses petites mains qui trouvent leur confort dans mes mains... Elle ne pleurait jamais, mais avait quelques fois ce regard un peu triste lorsqu'elle sentait qu'une tierce personne passait une mauvaise passe. Elle était toujours là pour réconforter qui que ce soit.

...
À quatre et cinq ans... Ma petite princesse. Elle avait tout ce qu'un enfant aurait pu souhaiter: des costumes et des amis pour jouer avec elle, c'était tout ce dont elle avait besoin. Malgré le fait que je l'aie tirée des griffes de sa mère, jamais elle ne s'est plaind. Elle a grandi si vite... Elle posait des questions tous les soirs, sur tout et rien. Au moment d'arriver à la maternelle du village, une question est arrivée: qu'est-ce que c'est que la télévision? Et moi de répondre: "C'est une fenêtre qui donne autant sur le monde du bien que du mal. Il faut que tu fasses la part de la réalité et de la fiction. Elle peut te faire rêver, mais ces rêves peuvent t'empoisonner. Elle peut t'informer, mais toute information n'est pas nécessairement bonne à savoir. Une chose est sûre, ma petite Justine d'amour, c'est qu'elle ne te donnera jamais autant d'amour et de joies que ton père ou tes amis."
Je me suis senti mal à l'idée de la priver de quelque chose que tout le monde possède, dont tout le monde parle, mais il fallait faire la part des choses. Je ne voulais pas que ma fille soit éduquée par la télé et ses références sexuelles, ses déviances malsaines de voyeurisme, et ses informations erronées. Je fais autant confiance à Paris Hilton et ses shows merdiques que Mickey Mouse.
Oui j'étais parano.


Rendu à 9 ans, Justine est devenue aussi mature qu'une jeune adulte tel qu'on en voit peu ces jours-ci. Elle comprend les choix que j'ai fait pour elle. Lors d'une semaine de camping, elle s'est fait un copain qui aurait aimé faire certaines choses... Elle m'a dit qu'elle avait refusé, qu'elle ne souhaitait qu'être amie avec lui et ne pas se soumettre à ses demandes juste sous prétexte qu'il "l'aimait bien". Justine s'est mise à lire jour et nuit; des trucs que j'avais écrits, tout comme des livres sur la spiritualité et l'éducation aux enfants. Je pense qu'elle souhaitait devenir professeur. Elle jouait souvent à faire la classe à ses amis ou à ses peluches, plus jeune.
Elle a commencé à devenir plus indépendante, à moins se coller à moi...

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Justine est l'enfant idéal, dans ce sens que je ne la vois pas vieillir autrement que dans la raison, la vertu, et la dignité. Pleine d'amour sans être constamment en besoin d'affection. Respectueuse envers ses pairs et ses aînés. Joyeuse sans être hyper-active. Un âme et un visage d'ange.

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Ta mère aurait préféré t'élever dans un environnement rempli de choses qui privent la vertu de s'élaborer. Elle t'aurait laisser avec d'autres enfants dont le cœur aurait été pourri par la jalousie, la haine et la violence. Elle voulait que tu sois comme les autres, gagnée par la facilité, la paresse... Ce n'est pas ce qu'elle a dit, mais c'est ainsi que je la voyais. Ta mère a passé à travers bien de dures épreuves, elle s'est aussi battue pour ses droits, mais elle luttait pour des idées qui n'avaient aucun sens et qui ne menaient nulle part. Non pas que je sois un conservateur de droite; je dis juste que de traiter de sujet comme de vivre en appartement, ou parler de sexualité, à une enfant de 4 ans, je trouve cette idée complètement ridicule et insensée. Bref, sa vision libertine de la vie, je l'ai en horreur. C'est pourquoi je t'ai éloignée d'elle.

J'espère qu'un jour, tu me pardonneras.

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3 août 2010, 18h10

jeudi 26 novembre 2009

My favorite house

3 janvier

Le plancher en bois franc est chaud. Joséphine a mis en marche le poêle à bois, ça paraît. J'ai presque envie de ne pas mettre de pantoufles. Et puis, tant pis. Au pire, Phoebe me dira que je ne fais pas assez attention à ma santé. Dehors, la neige s'est accumulée d'au moins un mètre; il faudra pelleter...

José est à la table avec sa tante: elle mange des oeufs avec des roties à la confiture, comme je lui en faisais lorsqu'elle était petite. Phoebe lit le journal de la semaine dernière. Depuis une semaine, nous sommes isolés des bons journaux... En campagne, tout semble figé dans le temps. Avec ce temps doux, on y prend confort.

Je m'installe dans le fauteuil devant le poêle, en buvant ma choppe de café. Je regarde mes deux anges gardiens. Même pas besoin de leur dire à quel point je les aime, tellement mon regard dit tout.

Joséphine me regarde, soudainement.
-Ça te tenterais pas de nous jouer une p'tite toune à la guitare? dit-elle à moitié moqueuse.
-Ah, t'es gossante avec ça, je lui réponds avec le sourire. Tu l'sais que la guitare m'a lâché ya 5 ans.

Ça y est: elle fait les yeux doux... Si seulement elle était pas devenue une jeune femme, je l'aurait chatouillée jusqu'aux larmes, la p'tite! ...Alright, tu m'as eu, j'vais la sortir, la boîte à chanson.

Phoebe m'accompagne au piano. Je sais même pas si ils jouent de la musique, chez la famille de sa mère. Cette pauvre enfant... à cet âge, toujours devoir se diviser en deux, pour les fêtes...

L'important, c'est que l'on soit les trois, ensemble, pour profiter de la dernière semaine de congé. Et profiter de notre maison préférée. Notre chateau de campagne, rien qu'à nous trois.

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Jean, 26 novembre 2009, 23h05